Vers une définition de l'art

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Il est des questions immenses, comme celle de savoir ce qu’est l’art, et dont la réponse ne peut espérer être trouvée que par la simplification des concepts et la précision du langage.

Toute la journée, on parle d’art. En allant au cinéma, en lisant un livre. Il est d’ailleurs toujours question de faire entrer (ou pas) tel ou tel projet créatif dans ce grand sac qu’est le domaine artistique.  N’avez-vous jamais entendu des phrases comme « Du grand art ! », « Si ça c’est de l’art, alors moi je suis un artiste» ou la très inspirée : « La cuisine ? C’est un art ! » En réalité, la notion est flottante, ses contours sont flous, ses implications et ses applications mal perçues.   Le ‘Petit Robert’ estime que l’art « est l’expression par des créations humaines d’un idéal esthétique. » Cette définition a l’avantage d’être brève, pourtant elle ne prend en compte ni l’intention du créateur ni la réception/perception esthétique du public. Evidemment, définir l’art est loin d’être sans difficulté. Le terme recouvre des réalités contrastées : l’art est hybride ou pur, figuratif ou abstrait. Un mot polysémique donc, mais aussi une pratique variable. Il n’y a pas une façon de faire, de voir l’art. Octavio Paz le disait bien : « toutes les questions sur l’art sont valides, mais les réponses sont très rarement correctes. » Avançons donc avec prudence et cherchons, par tâtonnement, une définition englobante de ce qu’est l’art.

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Avant tout, l’art est humain. Là où il y a art, il y a humanité. Une œuvre de la nature ne saurait être de l’art. Comme le dit en fait Kant, la nature crée des effets, pas des œuvres. Pourquoi ? Car l’art est impliqué par une liberté créatrice affranchie de la fécondité naturelle. Il convient donc de distinguer libre-arbitre et nécessité naturelle. Si l’on se surprend souvent à considérer des « choses de la nature » comme de l’art, poursuit Kant, ce n’est que par analogie. Les abeilles ressemblent à des artistes mais n’en sont pas : leur activité dans la ruche fait partie de leur nature et ne constitue pas une réflexion libre et créatrice. Cette première piste de définition recoupe la distinction nature/culture, notamment théorisée par Lévi-Strauss. Mais parler d’ « homme » n’est pas suffisant : il faut préciser qu’il est en action. Une action manuelle et mentale, permise par certaines compétences et habiletés : le tékhné grec, l’art-artisanat. L’art est donc une sorte d’élan pratique lancé par l’homme. Au total, l’expression de «  projet humain » paraît satisfaisante.

Pourquoi l’art nous fait-il rire ou frissonner ? Il y a quelque chose à dire de ce rapport physique que le récepteur entretient avec l’objet d’art. Ce « choc sensoriel » avec l’œuvre -qu’il soit simple (l’ouïe avec la musique, la vue avec la photo) ou hybride (la vue, l’ouïe et le rapport au temps au cinéma) – est constitutif de la notion même d’art. Autorisons-nous l’expression de « stimuli sensibles » pour recouvrir cet élément fondamental : elle est  préférable à celle de stimuli sensoriels ou perceptions, car elle permet de signifier à la fois la sollicitation (non pas simplement la réception) et de jouer sur la polysémie du mot « sensible » (qui ressent, réagit à des facteurs extérieurs, avec des variations d’intensité, qui éprouve des émotions morales). Pourtant le simple rapport physique n’est pas suffisant, l’art ne peut être dissocié de la notion de plaisir. Un plaisir actif, mis à l’épreuve. Quel mot correspondrait ? La jouissance ? Non, la connotation profiteuse ne convient pas. La pénétration ? C’est mieux car on exprime ainsi le caractère bouleversant de l’art. Mais le mot exact existe en vieux français, c’est la « fruition ». L’art s’insinue en nous comme des dents dans un fruit… mais sans douceur, sans ménagement : il nous « convoque » (des liens étymologico-conceptuels seraient ici à faire avec la vocation ou l’évocation).

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Changeons de focale et intéressons-nous maintenant à l’intention de l’artiste. Magritte et Polanski, Mozart et Kundera, Man Ray et Pina Bausch ont-ils eu une intention commune en créant une œuvre, chacun dans leur domaine ? Sans doute y a-t-il chez tous ces artistes une voix portée, un idéal poursuivi. Un idéal de beauté ou de morale, dirons-nous. Il nous faut opter pour une expression qui montrerait ce mouvement vers l’avant, cette tentative. « L’idéal artistique » est trop statique, nous lui préfèrerons l’« intention esthétique ». Le terme « esthétique » doit être entendu ici comme un rapport à la représentation. Kant parle de « la spiritualité de l’œuvre d’art » : se réduit-elle à la beauté ? Peut-on trouver de l’art dans ce qui est laid ? L’institution des Beaux-Arts semble répondre par la négative. La question est pourtant hautement complexe. Le Beau est, pour Platon, une finalité morale que seuls certains sont capables de déceler dans une œuvre ; il réside aussi dans l’harmonie intrinsèque voire mathématique de l’objet. Pour Kant, on ne découvre le Beau d’une œuvre que par le déploiement d’un Amour sans borne. Le postmodernisme et l’avant-garde ont-ils mis à mal ces théories du Beau ? Pas forcément, le laid, l’incohérent, le déstructuré peuvent aussi être des quêtes esthétiques.

Notre approche de l’art ne peut être hermétique au monde qui l’entoure. L’art s’insurge ou représente, adhère ou dépeint, choisit et mélange. Il joue avec la réalité (et non pas avec la vérité, qui entrerait plutôt dans l’idéal platonicien). Avec une réalité, plus exactement. Une réalité qui n’a en rien besoin d’être reconnue ou évidente. Il peut aussi vouloir s’en écarter (la fameuse « envie d’évasion »). En tout cas, il y a un rapport d’attraction/répulsion entre l’art et le réel. Mais surtout l’art donne sens, d’une manière ou d’une autre, à cette réalité. Il la subjectivise alors qu’elle est trop immense pour être perçue. L’art en somme a pour objet constant de défier notre perception du réel. On parlera donc, avec prudence, de ces fragments subjectifs qui éclairent une réalité plus grande, selon un angle de vue particulier, et que l’on appellera : « aspects signifiants d’une certaine réalité ».

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Le langage porte les concepts. Assemblons maintenant les fragments que nous avons mis en évidence. Une définition satisfaisante de l’art en ressort, tendant à la fois vers la globalité conceptuelle et le minimalisme langagier. La voici :

« L’art est un projet humain qui porte une organisation de stimuli sensibles dotée d’une intention esthétique provocant la fruition d’aspects signifiants d’une certaine réalité. »

Quentin JAGOREL

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2011/03/05/vers-une-definition-de-lart/ © Bulles de Savoir

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Commentaires

  1. Ulysse

    Bonjour,
    La démarche de cet article me parait philosophiquement très contestable, dans la mesure où l’effort de définition consiste à accumuler des généralités (« l’art est humain », certes, et la nature ne fait pas d’art, certes, mais si la nature fait l’humain, par transivité, la nature fait de l’art aussi …) et des pétitions de principes (parfois étayées par des noms d’auteurs faisant autorité dans le domaine de l’esthétique, du genre « l’art est humain » parce que Kant l’a dit) pour essayer de faire tenir ensemble quelques théories hétéroclites dans une définition qui n’en est pas vraiment une puisqu’elle est plutôt le principe d’un inventaire de ce qu’on constate socialement comme étant « de l’art ». C’est à dire qu’on se donne une extension, « ce qu’on appelle l’art », et on construit un peu poussivement une intension, et on proclame avoir une définition satisfaisante – mais il sera toujours possible de construire un contre-exemple d’une oeuvre qu’on aurait envie d’appeler « de l’art » mais qui ne répondrait pas à la définition, puisque de manière assez régulière l’extension qu’on s’est donnée est bouleversée et reconfigurée. C’est à dire qu’avec ce type de démarche, ou bien on a une définition trop serrée qui refuse le titre « d’art » à des oeuvres trop expérimentales, ou bien on a une définition qui se place à un niveau de généralité tel qu’elle en devient inintéressante.

    Pour parler plus concrètement de votre définition, c’est à dire « un projet humain qui porte une organisation de stimuli sensibles dotée d’une intention esthétique provocant la fruition d’aspects signifiants d’une certaine réalité », je trouve qu’elle décrit bien une jeune fille se maquillant avant une soirée pour « mettre en valeur ses yeux » x). Un visage maquillé est-il pour autant de l’art ?

    Finalement en esthétique il n’y a que très peu de philosophes qui ont su construire des définitions de l’art qui ne disqualifient pas par avance comme « non art » les menées les plus audacieuses de l’art qui les suivra. A savoir, principalement, Kant, en définissant l’art avant tout au niveau de la subjectivité et des facultés du spectateur, Heidegger et, surtout, plus « prosaïquement » les analytiques, comme Dickie ou Goodman, qui ont quand même donné une quasi conclusion à ce programme de recherche.

    Cf. notamment « When is art ? » de Goodman dans Ways of Worldmaking où l’on trouve ces mots croustillants : « Je pense qu’il y a une réponse à la question [de la définition de l’art] ; mais pour l’approcher, nous devrons abandonner tout ce bruyant bavardage sur l’art et la philosophie, et redescendre sur terre « . Il s’agit en l’occurrence de montrer que la question « qu’est-ce que l’art » n’a pas de réponse autre que des pétitions de principe parce qu’il s’agit d’un faux problème, la vraie question étant « dans quelles conditions un objet fonctionne-t-il comme oeuvre d’art ? » (d’où le titre), conduisant à faire de la propriété « artistique » une propriété relationnelle donc non intrinsèque.

    • jago9491

      Mon cher Ulysse,
      D’abord, je ne suis en rien étonné par ta réaction. Je m’attendais à voir s’abattre sur moi les foudres de la contestation, et j’avoue que c’est bien de la fulgurance d’un esprit de la rue d’Ulm que j’imaginais qu’elles viendraient. En fait, cela tombe bien puisque c’était l’un des buts de ma proposition: qu’on la débatte !
      Je reconnais volontiers que l’équilibre entre généralité et non-globalité est difficile à trouver. Mais j’aimerais t’entendre plus précisément sur la formulation de ma proposition de définition: est-elle trop générale ou trop exclusive selon toi? Je ne pense pas être si loin du point d’équilibre.
      En même temps que je note la rigueur de ton commentaire, j’y décèle une légère incompréhension de ce que j’ai écrit, ou du moins voulu écrire. Ma définition ne se veut pas intrinsèque, elle est plutôt une sorte de patron de l’appréciation esthétique. Je ne cherchais pas tant à définir « ce qu’est l’art » qu’à proposer aux lecteurs des critères qui leur permettraient, selon leur jugement, de donner ou non le statut d’oeuvre d’art à un film, un livre, un spectacle. Conséquemment, ton exemple de la fille maquillée n’a pas de sens. D’abord, selon moi, elle ne rentre pas dans la définition (quid d’un idéal esthétique ou d’une fruition convocatrice ici?) mais surtout… là n’est pas le sujet. Je ne vois pas de raison a priori de ne pas l’accepter comme de l’art: ma définition ne cherche pas à l’exclure ou à l’inclure, elle cherche à donner des critères à ceux qui voudraient la faire entrer. Selon vous, y a-t-il ici fruition ? Comment ?
      J’interroge donc bien les conditions de fonctionnement de l’oeuvre d’art: et ma définition veut donner des outils, des points d’ancrage d’appréciation de ces conditions. Elle est donc relationnelle, et pas absolue.
      On peut citer Goodman. Je lui préfère Greenberg: « il faut absolument tout définir, même l’art… car sinon Norman Rockwell pourrait être un artiste ! » ou même Aragon qui, parlant à Godard, suit à peu près -j’y pense à l’instant- la même démarche que moi pour définir les conditions de l’oeuvre d’art.
      Si la démarche philosophique de mon article est discutable, je pense qu’elle peut se défendre et qu’elle est utile. J’ai fait, je crois, preuve d’une certaine forme de courage (d’inconscience?) en prenant le risque de la définition, en m’imposant des contraintes de restriction langagière énormes. Qu’on discute précisément des 3 lignes de ma définition plutôt que de questionner le bien-fondé de ma réflexion ! Ce serait bien plus intéressant.

  2. Ulysse

    Aragon …

    Si une démarche est discutable il est assez logique de supposer que la conclusion manque de pertinence, non ? Déjà je tique personnellement sur toute invocation un peu superficielle de « l’humanité » d’un projet, mais ça ouvre encore un autre débat.

    Mais soit, ce que tu nous dis en substance, si on fait abstraction de cette référence à l' »humanité », c’est que l’art c’est : de la matière sensible + une intention esthétique + une certaine jouissance face à ce que l’oeuvre fait à la réalité … Y a pas besoin d’un courage philosophique incroyable pour formuler une telle définition, je crois. Je pense simplement qu’on se place là à un tel niveau de généralité qu’on va qualifier comme art tout et n’importe quoi, mais que dans un autre sens on va aussi pouvoir construire des réalités artistiques qui seront pas, par exemple, inscrites dans une quelconque « fruition » (écoutons Penderecki par exemple).

    Si on en reste à la critique de la généralité, le fond du problème c’est qu’on se satisfait de concepts qui sont pris à un tel niveau de sens commun qu’ils ne veulent rien dire : « matière », par exemple. Ca veut dire quoi exactement, matière ? C’est quoi la matière d’un happening, d’une symphonie ? En quoi la matière de la littérature est-elle « sensible » ? C’est quoi exactement la matière sensible d’une photographie reproduite à l’infini ? Etc.

    Sinon, si on veut parler vraiment d’une définition de l’art qui s’assimile plus ou moins à ta démarche, le seul critère plus ou moins potable c’est la « composition », chez Deleuze ou Levinas, et tout ça est toujours amené de façon très compliquée chez eux ce qui me rend un peu méfiant. Mais bon.

  3. Bel effort et article solide sur un sujet stimulant !
    En revanche, comme Ulysse, je suis sceptique quant à cette tentative de donner une définition générale de l’art.
    Je serai moins abstrait et érudit que vous deux mais j’ai toujours eu un mal fou à me dire que l’art peut se soustraire à une définition.

    Celle que tu proposes Quentin me parait d’une part prudente et surtout très pertinente pour certaines formes d’art. Par exemple la photographie ou la peinture, ou l’artiste révélera un aspect de la réalité. Il sera une forme de passeur vers une « perception nouvelle » (dans laquelle on pourra mordre en pleines dents). Ta définition fait en cela penser à celle avancée par Bergson.

    En revanche, désolé d’être un peu trivial, mais j’ai vraiment du mal à voir les « aspects signifiants d’une certaine réalité » dans une oeuvre musicale par exemple.

  4. Je pense aussi que la réponse à une question telle que la définition de l’art est vouée à l’échec non pas parce que l’art est indéfinissable, mais parce que définir l’art en sa généralité, en son abstraction, c’est déjà se soumettre au diktat idéologique de l’autonomie de l’art et à toute l' »idéologie artiste » qui lui est lié. C’est rater la véritable et seule question qui vaille, quel art pour quel type d’hommes ? Quel art voulons nous, et pour réaliser quelle humanité ? Quels effets esthétiques pour quelle politique ? Car le monde de l’art est aussi le lieu d’une lutte entre les différentes conceptions de l’art, et vouloir définir l’art en sa généralité, en son abstraction, en son indétermination, c’est procéder à la même imposture idéologique qu’une bourgeoisie conquérante qui s’épuiserait à définir l’humanité et ses droits de l’homme (Finalement Kant ne serait-il pas le double penseur de la politique et de l’esthétique de cette bourgeoisie conquérante ?).

  5. On peut difficilement prétendre définir l’art en tant que tel. Dans le terme définition, on ne peut vraiment se dissocier d’un jugement définitif.

    On peut en revanche sentir, écouter et regarder l’Art. et c’est déjà pas mal.

    A travers le prisme suridéalisme, l’Art prend une coloration nouvelle. Vous pouvez aller sur la définition de wikipedia.

    Le suridéalisme appréhende le monde en se fondant sur la dualité Idée/matière. La réalité est le champ de contact subtile entre la matière, qui constitue tout l’univers (lumière incluse) et l’idée, l’intention, l’âme, selon le terme qu’on préfère.

    L’Art serait donc la quintessence de la réalité recrée à l’échelle d’un homme, le choc entre la matière et l’idée.
    L’

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