Islamisme et démocratie : la participation, première étape vers la modération?

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L’écrasante victoire du parti tunisien islamiste Ennahda aux premières élections démocratiques du pays depuis les révolutions arabes apparaît par bien des aspects comme une nouvelle manifestation des profonds changements que connaît le paysage politique du Moyen-Orient depuis les années 1970. Avec le déclin des traditionnelles forces d’opposition socialiste et nationaliste, les partis islamistes sont devenus un élément-clé de la scène politique, suscitant débats et interrogations au sein des sociétés occidentales. Convaincus que les Islamistes cherchent à exploiter le processus électoral à des fins non-démocratiques, certains chercheurs et décideurs politiques ont pu voir en la victoire d’Ennahda le premier pas vers l’instauration d’un État islamique. En effet, les Islamistes plaident pour une application au sein des sphères politique, économique et sociale des préceptes de la Charia, potentiellement en conflit avec les principes démocratiques, bien que ce que cela implique concrètement dans la vie de tous les jours au cœur des sociétés contemporaines soit sujet à d’importantes différences d’interprétation. Dans tous les cas, le fait que des groupes islamistes attachés d’une façon ou d’une autre à la Loi Islamique constituent l’une des principales forces d’opposition fait surgir une question d’une importance vitale pour quiconque espère voir le Printemps Arabe se concrétiser en la construction de solides démocraties dans la région: la participation des Islamistes à la vie politique et leur intégration au sein d’institutions représentatives sont-elles à encourager, en ce qu’elles inciteraient ces derniers à davantage de modération et de pragmatisme, aussi bien dans leurs actes que dans leurs objectifs ?

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Un processus de réforme politique par le haut a permis au cours du 20e siècle le développement du pluralisme, tout en maintenant voire accentuant la répression et les contraintes électorales et ainsi garantir la stabilité de régimes autoritaires. Dans un tel contexte, on peut se demander ce qui pousse les partis islamistes à participer à un jeu électoral délibérément construit pour les maintenir en tant que minorité parlementaire, au lieu d’user de violence pour parvenir à leurs objectifs. Il s’avère que, pour la plupart, les avantages de la participation légale compensent l’acceptation de sévères contraintes, comme le montre l’exemple du Front Islamique d’Action en Jordanie dont la participation à la vie parlementaire lui a permis d’opérer légalement en tant que plate-forme politique et d’accroitre sa visibilité.

La participation à la vie politique a tendance à modérer les Islamistes au fur et à mesure qu’ils expérimentent les défis du système pluraliste. Ainsi, de plus en plus de partis islamistes ont affiché une réelle volonté de former des coalitions avec d’autres partis, dans le but d’atteindre des objectifs communs de court terme. Si la pratique du compromis ne révèle rien du réel attachement des Islamistes aux principes démocratiques, elle promeut toutefois leur intégration au sein du paysage politique et diminue leurs différences avec les autres tendances idéologiques. L’acquisition d’expérience et l’exposition aux réalités politiques et sociales du monde contemporain entretiennent ainsi un pragmatisme croissant quant à la nécessité de répondre de manière concrète aux attentes et problèmes de la population, au-delà des simples formules telles que « l’Islam est la solution ».

Si l’action politique des Islamistes au sein des régimes autoritaires peut fournir des éclairages sur un potentiel effet modérateur, le véritable test est sans nul doute leur participation au sein d’un système libre et démocratique, la victoire d’Ennahda aux élections tunisiennes constituant un exemple riche d’enseignements. Banni et traqué sous le régime de Ben Ali, le parti a cherché à rassurer la communauté internationale en déclarant son refus de la violence et son attachement à la démocratie et au pluralisme. Son désir d’établir une république séculaire sur le modèle de la Turquie et sa volonté affichée de lutter contre toute forme de discrimination, aussi bien à l’égard des minorités que des femmes, apparaissent comme autant de signes encourageants.

Néanmoins, même si de telles déclarations permettent un certain optimisme pour le futur, l’hétérogénéité des partis islamistes et la présence en leur sein d’éléments dont les idéologies flirtent parfois avec le djihadisme alimentent le risque de radicalisation. Dans ce cadre, l’environnement politique est d’une importance majeure pour garantir que les Islamistes maintiennent une ligne modérée une fois à la tête du pays. La préservation des forces d’opposition séculaire et libérale ainsi que l’implication de la population constituent autant de remparts au risque de radicalisation. La classe moyenne tunisienne, éduquée et urbaine, possède un jugement clair et nuancé du fonctionnement des institutions démocratiques et il est probable que le peuple tunisien dans son ensemble, libéré du joug de Ben Ali, sera plus que vigilant à toute tentative de restaurer un régime autoritaire. Le vote islamiste ne révèle en outre pas un désir d’implication religieuse accrue mais davantage une volonté de rompre avec les politiques passées. Ennahda a profité électoralement de son statut de victime sous l’ancien régime et de son rejet de la corruption de ce dernier, mais sa capacité à conserver le support de la population sur le long terme réside dans sa réponse aux problèmes et aux défis concrets auxquels la Tunisie fait face, notamment sur le plan économique.

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L’influence des puissances occidentales, Etats-Unis et Europe en tête, ainsi que des organisations internationales est un facteur à prendre également en considération. Avec la montée en puissance des sentiments anti-américains et de la radicalisation religieuse au sein des populations arabes depuis les attentats du 11 septembre et la détermination américaine de « démocratiser » le Moyen-Orient, le Printemps Arabe est une fenêtre ouverte vers une nouvelle politique dans la région et une opportunité de supporter avec force les peuples luttant contre des régimes autoritaires tout en coopérant avec les leaders islamistes attachés au processus de démocratisation. La frontière entre coopération et ingérence est toutefois rapidement franchie et il s’agit de ne pas répéter les erreurs du passé. La modération, l’apprentissage politique et la construction démocratique doivent provenir de l’intérieur, et non pas être imposés par des puissances internationales qui doivent par conséquent accepter le résultat d’élections libres, quand bien même elles portent au pouvoir des partis islamistes souvent dépeints comme un danger pour la démocratie. Comment encourager la modération au sein de ces derniers si leur droit légitime de participer, voire de gouverner, leur est dénié ? Est-ce là notre conception de la démocratie ?

Comprendre le lien complexe entre participation et modération des Islamistes requiert avant tout de dépasser les préjugés simplistes assimilant radicalisme et islamisme. Le Printemps Arabe a mis en lumière la nécessité de reconstruire nos structures mentales afin d’appréhender avec objectivité les évènements qui secouent le monde arabe. La violence et le radicalisme ne constituent en rien une caractéristique inhérente des mouvements islamistes qui sont, comme tout autre acteur de l’arène politique, sous l’influence du contexte global dans lequel ils évoluent. Participer à la vie politique formelle aurait ainsi un effet modérateur sur les partis islamistes mais la portée de la modération du discours islamiste sera déterminée sur le long terme par la force de l’ensemble du processus de démocratisation.

Justine MESNARD

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2011/03/18/islamisme-et-democratie-la-participation-premiere-etape-vers-la-moderation/ © Bulles de Savoir

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Commentaires

  1. Ulysse

    Article fin et intéressant. Une seule réserve : il me semble qu’on présuppose quand même beaucoup de choses sur « ce que veulent vraiment les Arabes ».
    Le traitement médiatique du Printemps arabe (rien que ce mot, printemps …) a massivement consisté à faire de ces révolutions les versions exotiques (et numériques) de nos révolutions libérales et démocratiques, sans vraiment écouter les spécificités à l’oeuvre dans ces mouvements dont on a voulu réduire la radicalité à des « revendications démocratiques ». J’ai du mal à croire que des Tunisiens observant l’Occident puissent vraiment faire de la démocratie libérale occidentale leur option radicale, le « ce pour quoi » s’immoler.

    Il y a quelque chose d’assez amusant dans la consternation occidentale suivant le triomphe d’Ennahda – comme si soudain tout le monde se rendait compte que non, la démocratie occidentale n’était pas le modèle et la matrice de ces révolutions, quelle horreur, nous qui pensions qu’enfin les Arabes avaient grandis pour devenir comme nous, libéraux, pluralistes avancés et humanistes.

    Je ne crois pas que des révolutionnaires sérieux puissent faire de la pacification démocratique à l’occidentale leur objectif. La force politique de ces révolutions est telle que les tentatives de les ramener au même, à ce que nous connaissons, la démocratie représentative comme fin de l’histoire de France, apparaissent maintenant comme dérisoires.

    Si ce n’est pas l’islamisation qui triomphe, alors la démocratisation arabe sera sans doute bien trop réelle et radicale pour que nous puissions l’intégrer à notre « idéal représentatif » qui ne séduit plus grand monde. Tout plutôt que de devenir des Occidentaux. Le ton sentencieux des observateurs européens – qui disent en substance : bien, bien, jolies révolutions, maintenant soyez sages, c’est le temps de la pacification démocratique, de la modération moderniste, de l’ouverture, de l’élection – me parait en décalage avec l’appétit radical des peuples en question pour « autre chose » que ce que l’Occident peut proposer.

    Je crains que derrière le langage démocratisé des revendications qu’on peut entendre sur al Jazeera ou CNN se cache une vitalité politique qui ne pourra pas se satisfaire longtemps des cadres périmés de la gouvernance démocratique, et que l’altérité politique des pays arabes ne se résorbera pas aussi facilement. On n’en fera pas aussi facilement de gentils démocrates apaisés.

    Mais ce ne sont là que des doutes personnels.

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