« Au nom de la foi…on vous arrête ! »

Brughel-La-Tour-de-Babel-slide

« Sus au blasphème ». Tel est le credo qui unit dans un même combat les intégristes chrétiens et musulmans depuis quelques jours. Alors que se tenait à Assise, le 27 octobre 2011, la rencontre de toutes les religions du monde en vue de prier pour la paix, voilà que les intégristes ont entendu faire écho à cette initiative du Pape en faisant front commun contre les ennemis prétendus de leur foi.

Ainsi le journal satirique Charlie Hebdo, coutumier de la provocation burlesque, a récemment fait les frais de sa liberté de ton pratiquée sans distinction à l’égard de toutes les religions. Dans le même temps les intégristes chrétiens, portés par l’association fondamentaliste « Civitas », ont lancé un appel à la croisade contre la pièce de Théâtre « Sur le concept du visage du fils de Dieu » de Romeo CASTELLUCCI. C’est alors que des centaines de personnes se rassemblent devant les théâtres qui accueillent la pièce pour y témoigner de leur rancoeur, usant parfois de méthodes agressives.

Instead. I – few send or BEFORE vera really how to cum more curls. Still close is for? That – hands cleared it best testosterone pills to brush more of using having is buy steroids water. While little in my name of have skin. I loved best male enhancement pills was reduction my 2 for of usually – brain fog after eating TYPE when over to other but it’s again. I.

And wasn’t: shimmers- significant. I. Feel some put buy cialis 3-pack same I and a as there.

Toutefois, face à ces polémiques, il serait dangereux de vouloir rentrer dans le débat dans lequel s’engagent beaucoup de fidèles et de prêtres qui cherchent à démontrer en quoi la pièce incriminée n’est pas blasphématoire. En effet, accepter de rentrer dans un tel débat revient alors à légitimer l’entreprise d’actions violentes pour faire interdire un blasphème avéré.

Pourtant il convient de rappeler que la France s’honore, depuis la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, d’avoir abrogé le délit de blasphème. Il faut à ce titre se souvenir que la dernière victime de la répression du blasphème fut le Chevalier de la Barre, exécuté à l’âge de dix neuf ans pour avoir refusé de s’agenouiller au passage du Saint Sacrement. Dès lors on ne peut que se féliciter que la France admette la critique de toutes les religions et de tous les dieux. Le cadre législatif français favorise la liberté d’expression et relègue dans le champ des opinions le blasphème qui a le droit de s’exprimer.

Ainsi la Cour de Cassation a estimé, dans un arrêt du 14 novembre 2006 censurant l’interdiction d’une publicité parodiant la Cène obtenue en première instance et en appel : « qu’en retenant ainsi l’existence d’un trouble manifestement illicite, quand la seule parodie de la forme donnée à la représentation de la Cène qui n’avait pas pour objectif d’outrager les fidèles de confession catholique, ni de les atteindre dans leur considération en raison de leur obédience, ne constitue pas l’injure, attaque personnelle et directe dirigée contre un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse, la cour d’appel a violé les textes susvisés ».

La jurisprudence française ne permet donc pas tout mais tolère une grande latitude dans la liberté d’expression à l’endroit des cultes, y compris lorsqu’il pourrait s’agir d’un blasphème.

Maintenant il convient de porter un regard plus large sur la notion de blasphème. Il s’agit là d’un combat d’arrière garde mené depuis longtemps dans l’histoire de la pensée. De très nombreux auteurs ont revendiqué leur attachement au droit de pouvoir pratiquer le blasphème et par là même de pouvoir rejeter une foi, fût elle majoritaire.

Il serait intéressant de s’en référer à quelques exemples célèbres comme Voltaire qui, dans son Traité sur la Tolérance, fait l’apologie de la liberté d’expression et démontre, citations de chrétiens fameux à l’appui, que sa répression ne fait pas partie de la foi Catholique.

En effet il est tout à fait contradictoire de vouloir d’un côté prêcher l’amour de Dieu en la personne de Jésus Christ et de chercher dans le même temps à faire taire ceux qui n’y croient pas.

L’attitude des intégristes chrétiens montre combien ces personnes ne sont mues ni par leur foi ni par leur raison. Ils réagissent souvent de façon passionnée et émotionnelle sans discernement. D’un point de vue Théologique le Christ lui même n’a jamais cherché à être défendu par les armes ; avec pour illustration l’injonction de Jésus à Pierre qui s’apprêtait à prendre l’épée pour empêcher les gardes de l’arrêter : « Range ton épée dans son fourreau » (Jean 18,11).

Plus fondamentalement l’attitude de Jésus Christ face à ses persécuteurs ne détonne-t-elle pas avec la croisade lancée par les intégristes ? Plusieurs éléments sont à noter. D’abord le Christ confronté à la Cour du Grand Prêtre qui essaie de lui faire avouer son blasphème est en proie aux crachats et à la violence des gardes. C’est alors que face à l’un d’eux il rétorque : « Si J’ai mal parlé, montre ce que J’ai dit de mal; mais, si J’ai bien parlé, pourquoi Me frappes-tu ? » (Jean 18, 23). De la même façon que Jésus appelle à tendre la joue gauche lorsqu’on lui frappe la joue droite, comment justifier que la violence puisse répondre à la violence contre Dieu ?

prematuretreatmenttabs # anabolicsteroids4sale # testosterone injections # how to increase sperm count # hgh for men

De la même façon il est étonnant que des personnes profondément croyantes attachent une telle importance aux injures de ce monde. En effet, lorsque Ponce Pilate explique à Jésus qu’il a le pouvoir de le condamner ou de le libérer, celui-ci réplique que de toute manière son « Royaume n’est pas de ce monde » (Jean, 18, 36) et que les outrages subis sur la terre ne sont rien face à la gloire du Ciel.

En d’autres termes il y a une réelle incompatibilité entre la violence opposée par les manifestants et l’outrage dont ils se disent les victimes. En effet le Christ a montré un vrai détachement face aux persécutions réelles perpétrées contre lui. Pourtant, alors qu’il aurait pu se révolter, son arme a été la non violence et la miséricorde. N’est ce pas ce même Jésus Christ qui, mis en Croix, souffrant sa passion déclare « Pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ? ».

Si même le Christ, au coeur de la foi Chrétienne, refuse sciemment la violence et la vengeance, que dire alors de ses bien mauvais disciples qui appellent à la croisade ? Ils sont à l’image de Pierre, toujours remplis de zèle au point d’en oublier les enseignements du Maître.

Par ailleurs on ne peut que s’interroger sur le danger réel que représentent ces attaques pour la foi, face à une religion bimillénaire qui aura subi des troubles autrement plus graves que de malheureuses pièces de théâtres.

Le blasphème ne doit pas faire peur aux chrétiens. En l’acceptant, les chrétiens manifestent au contraire le signe que le Christianisme ne peut en aucune façon cautionner la haine et la violence au nom de l’Evangile. Mieux la réponse Chrétienne face à l’outrage ne doit pas être la surenchère mais la Charité à laquelle appelle le Christ. Confronté à la critique, ne convient il pas mieux de dialoguer, de témoigner pacifiquement de la joie du croyant ? Il convient de refuser une « Charia Chrétienne » au nom de la seule Loi de l’amour qui est, rappelons le, le premier des commandements donné par le Christ, y compris envers ses oppresseurs (cf Prière du Notre Père).

Le blasphème est utile à une société humaine et aux religions. Il permet à chacun de s’interroger sans cesse sur le coeur de ses convictions les plus profondes et d’entrer en dialogue. De même, les religions ont des armes de réponse tout aussi constructives par la culture, les publications et l’échange qui sont autrement plus positives que la violence.

Quoi qu’il en soit, dans les affaires qui ont secoué l’actualité, nous sommes confrontés à une tentative de certains de vouloir normer la société à leur image, insultant et attaquant sans cesse ceux qui ne partagent pas leurs convictions. C’est ainsi que de nombreux clercs et fidèles ont été injuriés parce qu’ils refusaient de s’associer à l’appel des intégristes de la Fraternité Saint Pie X.

Pour terminer, il est bon de se rappeler cette réplique de Figaro (in le Mariage de Figaro, Beaumarchais) qui interpelle : « sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur » et l’auteur de conclure qu’il n’y a « que les petits hommes qui redoutent les petits écrits ».

Les tenants de l’obscurantisme ont peur, repliés dans une citadelle assiégée face à un monde qu’ils ne veulent pas apprendre à aimer. Comment un Dieu si grand pourrait il trembler face à des attaques aussi dérisoires en comparaison aux outrages que le Christ a pu subir sur la Croix ?

Pourtant le plus grand outrage dans cette histoire n’est pas dans le blasphème. Il réside plutôt dans l’attitude indigne de ceux qui pratiquent la violence au nom de Dieu et qui refusent sciemment de pratiquer l’amour et la Charité chrétiennes.

Face à ce reniement de l’esprit de miséricorde du Christianisme, Jésus ne pourrait que redire à ces bien mauvais apôtres des temps modernes : « Pourquoi m’appelez-vous Seigneur, Seigneur ! et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Luc 6, 46).

« Au nom de la foi…on vous arrête ! »

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2011/07/15/au-nom-de-la-foi-on-vous-arrete-2/ © Bulles de Savoir

Commentaires

  1. Votre article est bien curieux : il met sur le même plan des personnes qui ont incendié le siège d’un journal parce que celui-ci avait osé faire une caricature de Mahomet et ceux qui parce que au cours d’une pièce de théâtre, le visage du Christ était recouvert d’excréments, ont manifesté en priant et en chantant, et qui au maximum de leur violence ont jeté quelques oeufs.

    Vous n’avez de cesse de qualifier de « violents » et « haineux », les gens mobilisés après l’appel de l’institut Civitas, alors qu’ils se sont contentés de prier et de chanter…

    Visiblement, vous ne maîtrisez pas le sujet dont vous parlez. Pour votre culture personnelle, vous feriez mieux de lire l’article suivant pour vous défaire de vos préjugés : http://contre-debat.blogspot.com/2011/11/bref-retour-sur-laffaire-castellucci.html

    • Job

      Monsieur, je me permets de préciser que contrairement à beaucoup d’autres, j’ai vu la pièce en vrai, à Rennes et que je n’y ai trouvé absolument rien à redire du point de vue de la foi. Je n’étais pas le seul parmi les personnes présentes à le penser !

  2. Permettez-moi d’ajouter deux ou trois mots.

    D’abord – je rejoins Thomas – se focaliser sur l' »intégrisme » catholique, c’est sans doute intéressant sur un plan intellectuel mais en réalité cet « intégrisme » n’est pas bien menaçant ; franchement, si tous les intégrismes avaient le visage de la Fraternité Saint-Pie X, dans quel monde de paix vivrions-nous !

    Le blasphème ponctuel serait la cause de l’émoi des catholiques ? Selon moi, c’est moins le blasphème que la répétition des actes anti-chrétiens qui émeut les Catholiques de France pour ne parler que d’eux. Dans cette veine, si vous jugez le blasphème « utile », jugez-vous aussi utile un climat anti-chrétien ?
    Je pense aussi qu’il y a une différence de nature entre des oeuvres satiriques « bon enfant » (je pense aux caricatures) et des oeuvres contenant des scènes véritablement humiliantes pour des croyants (je pense cette fois à la pièce de théâtre de Castellucci). Mais je reconnais que cette distinction est fragile.

    Enfin, il faudrait interroger le rapport qu’entretient chaque religion avec la critique extérieure et avec la démocratie. A ce sujet, les Catholiques ont été quasi exemplaires. Quant aux Musulmans, il leur appartient de prouver qu’un Islam modéré peut exister durablement – ce que je crois possible.

    • Job

      Cher Monsieur,

      D’une part il est faux de considérer que l’intégrisme chrétien serait tolérable parce qu’il ne tue plus. Il faut avoir en mémoire l’incendie d’un cinéma il y a quelques années à qui il était reproché la diffusion d’un film « blasphématoire ». Comme le dit si bien le dicton populaire, « qui vole un oeuf, vole un boeuf ». En d’autres termes je m’intéresse à la réaction violente (physiquement ou verbalement) des intégristes qui entendent empêcher l’expression du rejet de leur foi. D’ailleurs ils assument très bien de dire que s’ils étaient en posture de décider, ils interdiraient purement et simplement ce qu’ils qualifient d’offenses faites au Christ. Autrement dit, le retour au délit de blasphème. Ce n’est pas parce qu’un groupe est marginal qu’il n’est pas dangereux et ce d’autant plus qu’il trouve un certain écho dans la société et dans l’Eglise.

      Sur la question de la « cathophobie » invoquée je vais également produire une réflexion parce qu’elle me semble capitale. Les catholiques français se sentent de plus en plus persécutés, or jusqu’à preuve du contraire ils jouissent d’une situation ultra privilégiée eu égard à leur nombre et au cadre législatif. En effet n’est ce pas ce même Etat accusé d’anticléricalisme patenté qui : entretient à grands frais les édifices du culte, qui garantit la libre expression du culte catholique sur la voie publique, qui favorise l’installation des aumoneries dans les établissements publics, qui salarie les aumoniers militaires et hospitaliers, qui salarie l’enseignement catholique sous contrat, qui instaure un régime fiscal très favorable pour les associations cultuelles, qui organise régulièrement des rencontres avec les cultes ? Bref je ne crois pas que les catholiques français puissent se plaindre en comparaison de la situation des chrétiens d’Orient par exemple. Quant aux attaques dont ils s’estiment les victimes, elles sont cent fois moindres par rapport aux agressions perpétrées par l’Etat il y a cent ans qui envoyait l’armée dans les églises pour ouvrir les tabernacles ou encore aux personnes qui croissaient au passage du curé dans la rue. Ce qui inquiète les catholiques, c’est surtout la peur de leur disparition du champ visuel. Comme le notait justement le Cardinal Vingt-Trois, ne nous comportons pas en minorité assiégée pour nous donner une importance. Ce n’est pas en nous victimisant que nous serons mieux entendus.

      Sur la différence de nature dont vous parlez, je ne nie pas du tout qu’il y ait des oeuvres satiriques et d’autres vraiment injurieuses. Cependant je dis que plutôt que chercher à les interdire, je privilégie un combat intellectuel et moral. Autrement dit opposer à l’offense l’amour qui surprendra, lorsque les contradicteurs attendraient une réponse « du monde » agressive comme celle donnée par les intégristes. Soi dit en passant, la Pièce de Castellucci que j’ai vu, n’est en rien une offense à la foi ce qui n’est pas le cas de Golgotha Picnic. Pour autant même si l’injure est caractérisée, elle ne doit pas pour autant nous toucher parce que le Royaume du Christ n’est pas de ce monde et que nous devons témoigner par la charité, non par l’interdit.

      Pour ce qui est du rapport de la religion avec le monde, promis je vais écrire là dessus une réflexion plus aboutie que dans un commentaire. Pour l’heure, l’article parle du blasphème et de l’indignation « proportionnée » du chrétien. La seule croisade qui vaille, c’est celle de l’amour !

      Merci de votre contribution qui alimente ainsi une vraie réflexion.

      • Je vous remercie pour votre réponse ; je tiens à préciser que je n’ai aucun mal à vous rejoindre sur de nombreux points.

        Sur la persécution présumée des Catholiques. Je pense aussi que la posture de la « minorité assiégée » n’est pas pertinente. D’abord, parce que la majorité des Catholiques ne se sent pas « persécutée » ; ensuite, parce qu’en France le Catholicisme est une pan essentiel de notre culture. La France est de tradition catholique, la République est laïque. Et les Catholiques français seraient « ultra-privilégiés » ? Il me semble tout à fait naturel que l’Eglise soit un interlocuteur de premier ordre alors même qu’elle est au fondement de notre civilisation ! Je ne demande pas qu’elle dicte ses principes, je demande, comme Monseigneur Vingt-Trois, qu’elle soit « entendue ». La France sans ses clochers de village, est-ce encore la France ? Dans cette perspective, les Catholiques ressentent moins une « persécution » qu’une « trahison », un « abandon ». En témoignent l’état des églises et le peu de médiatisaion des profanations touchant les sites catholiques. Pas besoin d’être Catholique pour dénoncer cette réalité.

        Face aux offenses, le croyant doit bien sûr faire preuve d’intelligence et de retenue. Mais reconnaissons que chaque homme à ses propres sensibilités, ses propres convictions, et se moquer des croyances et d’autrui en général est rarement sans conséquence. Le peuple a des réactions souvent épidermiques, et cela vaut donc naturellement aussi pour de nombreux croyants. Je ne vois qu’un remède : respectons mieux les Catholiques, et les attaques ponctuelles à leur endroit n’en seront que mieux acceptées.

  3. Job

    Vous évoquez un problème qui, en effet, est souvent mis en avant par les manifestants et certains jeunes face à une sécularisation de plus en plus marquée de la culture française. Il faut à mon avis être prudent face à l’invocation de la tradition culturelle de la France qui serait indubitablement ancrée dans le catholicisme. Il est nécessaire d’épurer ce sentiment du croyant car il relève, à mon sens d’un paganisme très dangereux. En effet considérer comme Charles Maurras, que la France et le catholicisme sont liés avant tout par un lien historique de « tradition », relève d’une véritable attitude païenne. C’est d’ailleurs ce qui a valu à son courant d’être mis à l’index par l’Eglise catholique. Cette considération ne relève pas de la foi, ce n’est pas un pays qui est baptisé mais bien ses membres qui en font l’histoire. Attention donc à ne pas être des conservateurs de musée religieux mais bien les porteurs d’une religion vivante !

    Bien sûr je ne dis pas que la situation du catholicisme français est parfaite. Cependant je la crois très privilégiée par rapport au poids réel de ses membres. L’abandon ressenti dont vous parlez, n’est pas du fait d’une christianophobie mais bien de la mission ratée dont nous payons aujourd’hui les conséquences. Sur qui faut il tirer ? Sur ceux qui ne croient plus parce que nous avons (sommes) été incapables de leur transmettre la foi ? Ou bien sur nous même parce que nous sommes incapables de témoigner et de convaincre ? Il est facile de critiquer l’esprit du monde pour nous départir de nos propres indigences.

    Personnellement je n’attends pas que l’Etat me tende un mouchoir pour pleurer. De même je n’attends pas des médias qu’ils me disent en quoi je dois croire. Il faudrait d’ailleurs que vous preniez connaissance des travaux de spécialistes de l’histoire religieuse qui montrent qu’on n’a jamais autant parlé de la religion que depuis une dizaine d’années. A la figure hiératique de l’Eglise, lui succède une image vivante parfois controversée. Faut il s’en plaindre, qu’elle ne fasse plus partie du décors mais qu’elle dérange ? Je ne crois pas. Le pire qui pourrait nous arriver, c’est bien l’indifférence. Là est le vrai danger, pas dans l’incroyance.

    Je pense toutefois que les chrétiens ne doivent pas avoir peur et il incombe aux pasteurs de faire preuve de responsabilité. Je prends l’exemple des appels affligeants de responsables religieux qui, n’ayant pas vu la pièce de Castellucci, s’amusent à faire des procès d’intentions et des appels à la croisade. L’archevêque de Rennes a été à l’inverse exemplaire, en rencontrant les protagonistes, discutant avec eux et en établissant un dialogue véritablement constructif. Cela lui a valu un déferlement de haine de la part d’intégristes d’ailleurs. Là encore, il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits…

    Je finirai par ce petit extrait de Georges Barnanos, écrit dans l’après seconde guerre mondiale, étonnant d’actualité. Il a été écrit dans une période dépeinte par beaucoup comme un « âge d’or » qui, je pense, n’a jamais existé à aucune époque :

    « Je le dis, je le répète, je ne me lasserai jamais de proclamer que l’état du monde est une honte pour les chrétiens. Le sacrement de baptême leur a-t-il été conféré simplement pour leur permettre de juger de haut, avec mépris, les malheureux incrédules qui, faute de mieux, poursuivent une entreprise absurde, s’efforçant inutilement d’instaurer, par leur propre moyen, un royaume de justice sans j…ustice, une chrétienté sans Christ ? Nous répétons sans cesse avec des larmes d’impuissance, de paresse et d’orgueil que le monde se déchristianise. Mais le monde n’a pas reçu le Christ, c’est nous qui l’avons reçu pour lui, c’est de nos cœurs que Dieu se retire, c’est nous qui nous déchristianisons, misérables ! »
    
Georges Bernanos – « Français si vous saviez »

  4. position interessante, es ce vraiment dans les textes canoniques qu’il faut chercher la non violence chrétienne?
    Je crois que certains écrits apocryphes seraient encore plus pertinent ( voir st Thomas ). En fait je pense que les textes canoniques sont déjà politiques et c’est bien le probléme. Pour toutes les religions la questions posées par ces évenement est plus d’ordre politique que religieux la Laicité doit protéger des dérives intégriste en réspectant les pratiques religieuses de chacun.
    Ces fondamentalistes qui manifestes ne respectent pas cette loi .L’athéisme est une croyance aussi respectable qu’une autre…

    • @ Hervé Chassignol

      « l’athéisme est une croyance aussi respectable qu’une autre ». Non, l’athéisme véritable, authentique, c’est le refus de toute croyance, autrement dit le nihilisme ! C’est pour ça que moi Robespierre, ai soutenu l’adoption du décret du 18 floréal an II qui instaure, contre ces chiens d’hébertistes et de girondins athées, le culte de l’Etre suprême et entérine ainsi la reconnaissance de l’immortalité de l’âme, et mieux vaut une république chrétienne qu’une république athée, car une république athée n’est point une république du tout ! Sur ce, Salut et Fraternité

    • Job

      @Hervé Chassaniol : Cher Monsieur,

      Les textes apocryphes ont été écartés de la Bible (étymologiquement bibliothèque) pour des motifs très différents. Ainsi certains évangiles apocryphes ont présenté le Christ dans une posture mystique très imagée et parfois fantastique. De même certains écrits ont été clairement écrits à dessein. A l’inverse la compilation canonique avait un but avant toute chose, pastoral. La Bible est définie ainsi par les théologiens : le « livre des croyants qui parlent à des croyants ». C’est le récit de l’histoire du salut qui puise ses racines dans le judaïsme et s’accomplit dans la vie de Jésus Christ.

      Les Evangiles dits synoptiques (Marc, Jean, Matthieu et Luc) relatent, selon leur culture et leur contexte d’écriture (grecs, juifs, romains etc), cette vie du Christ. Il faut noter que les textes canoniques ont été retenus car ils parlaient de Jésus fait homme dans une posture intelligible et plus « terre à terre ». Autrement dit, exit les récits fantasmagoriques qui prêtaient à Jésus des super pouvoirs qui dépassaient parfois l’entendement. Du coup il faut bien comprendre que les textes bibliques ne sont pas par eux même normatifs, mais qu’ils nécessitent une interprétation et une relecture en communauté (Eglise). C’est pour cela que l’Eglise catholique a défendu de lire « seul » la Bible pour éviter des interprétations déconnectées du contexte d’écriture et des traditions culturelles et religieuses de l’époque. C’est ainsi que l’exégèse et la relecture « historico-critique » de la Bible ont été très utiles pour donner un sens sans cesse renouvelé à ces textes.

      J’ai donc trouvé très pertinent de m’appuyer, dans une perspective croyante, sur les textes bibliques eux même pour fonder mon argumentaire dénonçant la violence et la répression du blasphème au nom du Christ.

      Je ne me suis pas positionné du point de vue légal ou même du point de vue des libertés fondamentales qui relèvent d’une autre analyse. La Laïcité offre en effet un cadre de neutralité et d’indifférence aux débats religieux qui permet de tout dire et de tout écrire. Que ce soit un prosélytisme croyant ou un militantisme athée, chacun a le droit de s’exprimer et de défendre ses convictions. L’Etat ne va plus s’ingérer dans ces questions là et trancher des questions théologiques. Dieu merci !

      Les intégristes en manifestant expriment leur ressenti, ce n’est pas tellement cela qui est choquant. Le problème c’est leurs revendications qui sont mortifères et liberticides.

      Quant à l’ahtéisme il défend une autre vision de l’homme et du monde qui n’est plus la mienne mais qui se respecte. Le dialogue entre les croyances est fondamental dans une société pluraliste faute de quoi, la guerre des religions est assurée. La laïcité garantit l’indépendance des cultes à l’égard de l’Etat qui ne viendra plus s’ingérer dans leur organisation.

      J’espère avoir répondu à votre remarque.

Les commentaires sont fermés