« Oops, I did it again » : La perte de mémoire, raté historique de communication


« Oops » est devenu la nouvelle vedette du jargon médiatique américain ces derniers jours. Non, cela ne sonne pas le retour d’une chanteuse pop qui connut son heure de gloire à la fin des années 1990. Ce sont plutôt les candidats républicains et leurs pertes de mémoire apparemment contagieuses qui cristallisent l’attention des chaînes de télévision et des réseaux sociaux.

D’oublier son programme à oublier sa propre opinion

Le bal des moments de solitude a été ouvert il y a une semaine par Rick Perry qui, lors d’un des nombreux débats opposant les différents candidats républicains à la présidentielle, n’a pas été en mesure d’énoncer son propre programme.

Entamant la liste des trois agences gouvernementales qu’il envisageait de supprimer s’il était élu, le gouverneur du Texas, sous le regard des caméras de télévision, a soudain un trou de mémoire des plus embarrassants.

« Le département de l’éducation, du commerce et… quel est le troisième déjà ? »

Le silence dure plusieurs secondes et après les questions répétées d’un journaliste de CNBC, Perry se voit obligé de reconnaître qu’il a oublié le dernier élément de la liste.

Le soir-même, la toile est recouverte de commentaires et des journaux comme le Washington Post en font leurs unes le lendemain matin. L’équipe de communication de Rick Perry entame en parallèle une opération de « damage control »,de contrôle des dégâts. En effet, alors que le temps de parole est compté en période électorale, rien n’est pire pour un candidat que de retourner sa propre parole contre soi.

Mais l’oubli peut-il tuer en politique ? La leçon à retenir de ces derniers jours est que le meilleur remède à un échec de communication est un désastre encore plus important qui viendra effacer le premier. Ceux qui donnaient Perry perdant ne s’attendaient surement pas à ce qu’une « perte de mémoire » encore plus surprenante frappe Herman Cain six jours plus tard.

Interviewé par les journalistes du Journal Sentinel de Milwaukee, Herman Cain est en effet incapable de formuler sa position face à la politique menée par Barack Obama en Libye. Pendant plusieurs minutes, Herman Cain réfléchit et lève les yeux sans pouvoir articuler une réponse.

« Ok. Libya » commence-t-il par dire avant de s’arrêter. L’interview, filmée par le journal en question, circule sur internet et est vue par des milliers d’internautes. Les journalistes présentent ce nouveau « buzz » médiatique comme le « moment ‘oops’ de Herman Cain à la Rick Perry ».

Le moment « oops » est ainsi devenu un concept à part entière, prêt à être enregistré dans les annales médiatiques. Plus qu’une situation embarrassante, c’est une réelle humiliation  publique qu’ont connue les candidats républicains ces derniers jours. A tel point que Cain et Perry ont été immédiatement été déclarés hors-jeu par certains analystes politiques. Trop faibles connaissances pour les uns, trop mauvais orateur pour les autres. Il faudra cependant attendre encore plusieurs semaines pour déterminer l’impact à long terme de ces crises de communication politique.

« I just started to remember more »

Cependant, l’oubli n’est pas toujours accidentel. L’actualité récente a démontré que la perte de mémoire peut également être utilisée comme stratégie de communication en situation de crise. Herman Cain lui-même en a fait la preuve alors qu’il était rattrapé par des accusations de harcèlement sexuel.

Alors que l’affaire est révélée par POLITICO, qui a prévenu l’équipe de campagne de Cain dix jours plus tôt, Herman Cain prétend n’avoir jamais entendu parler de cette histoire. Mais la mémoire lui revient au cours de la journée et, interrogée par une chaine de télévision le lundi au soir, le candidat républicain reconnaît avoir eu connaissance d’un accord passé entre la National Restaurant Association, dont il était président, et les plaignantes.

Plus étonnant encore, Cain déclare à la télévision qu’il « commence à se rappeler » de ce qu’il s’est passé. L’oubli devient ainsi une arme politique, permettant d’adopter une position d’entre-deux en attendant la suite des événements.

Ainsi, alors qu’une troisième accusatrice dénonce un comportement déplacé de Cain à son égard, celui-ci prétend ne pas se rappeler de la jeune femme. Il ne nie pas l’avoir déjà rencontré, il ne nie pas non plus que les faits n’aient pas eu lieu mais il affirme simplement ne pas se rappeler de l’accusatrice en question.

C’est également la stratégie employée dans un tout autre contexte par Jerry Sandusky, accusé de pédophilie dans le scandale frappant l’université de Penn State. Interrogé par Bob Costas sur NBC à propos de la conversation qu’il aurait eue avec la mère de l’une des victimes, Sandusky a affirmé ne pas se rappeler avoir avoué la nature déplacée de son comportement.

De l’oubli à l’aveu

Cette stratégie a des risques tant on sait que le mensonge est parfois plus grave que la faute aux Etats-Unis. L’un de ceux qui s’en souviendra le mieux est sans doute Bill Clinton qui, malgré tout ce qu’il a pu accomplir au cours de sa carrière, verra certainement sa nécrologie commencer par :

« Bill Clinton, quarante-deuxième président des Etats-Unis, qui avait fait l’objet d’une procédure d’impeachment suite à l’affaire Monica Lewinsky… »

Plus que la faute en soi, c’est la communication désastreuse, voire le mensonge, qui fait chuter de nombreuses personnalités politiques. La phrase : « I did not have sexual relations with this woman, Miss Lewinsky » reste d’ailleurs un classique en son genre. Cette fameuse déclaration marquera bien plus le parcours de Bill Clinton qu’une quelconque politique qu’il ait pu mener.

La perte de mémoire volontaire se retourne ainsi facilement contre celui qui la manie quand celui qui avait oublié doit passer aux aveux. Finalement, le première qualité que devrait avoir un candidat à la présidentielle est peut-être d’avoir bonne mémoire.

« Oops, I did it again » : La perte de mémoire, raté historique de communication

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2011/07/17/oops-i-did-it-again-la-perte-de-memoire-rate-historique-de-communication/ © Bulles de Savoir