A la recherche de l’identité du « Nouveau Cinéma Argentin » (1/3)

Inventée par les critiques des grands quotidiens argentins (La Nación, Clarín) et largement acceptée depuis deux ou trois ans, l’expression Nouveau Cinéma Argentin (NCA) est pourtant, du fait de son ambigüité, soumise à débat. En l’employant, on veut assurément parler des films argentins réalisés par un groupe de directores plus ou moins restreint (Trapero, Alonso, Martel, et même Moreno, Cedron ou Lerman), autour de la grande crise de 2001 (c’est-à-dire un peu avant, quand elle se préparait à éclater, pendant aussi, et surtout après, alors que ses conséquences frappaient si durement le pays). Mais cette définition est-elle suffisante pour parler d’un mouvement cohérent et unique ?

Par « nouveau », il faut évidemment entendre bien plus que « récent » : la nouveauté se définit par rapport à une période antérieure et non pas par sa proximité avec une époque postérieure. Peut-être est-il donc possible de trouver une définition historique du NCA, par le prisme de sa rupture avec le passé cinématographique du pays. Depuis les balbutiements du grand écran jusqu’à aux années 1980 et le retour à la démocratie, le cinéma argentin s’était adressé principalement aux classes privilégiées de Buenos Aires, souvent sur la même tonalité: comédies de boulevard, films populistes, folkloriques ou flattant la bonne conscience nationale (« Histoire officielle » de Luiz Penzo par exemple).

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Le nouveau cinéma d’Argentine –dont on peut déjà dire qu’il prend à bras-le-corps les problèmes de son pays– se définirait-il alors par opposition à ces pratiques récurrentes et anciennes ? Rien n’est à exclure a priori… mais ce jugement serait sans doute hâtif, au vu des films – certes rares mais non négligeables- qui, dès 1938 pour « La vuelta al nido » de Torres Ríos ou 1968 pour « L’heure des brasiers » de Fernando Solanas, portaient déjà une voix particulière et une esthétique à part.

Cherchons donc ailleurs l’identité de ce Nouveau Cinéma d’Argentine ! Il y a au moins trois façons de comprendre l’identité. C’est, en mathématique, le caractère de ce qui est identique ou confondu. Il serait absurde de courir après une identicité ou une confusion entre les films de Trapero ou Campanella, cette définition ne sera donc pas utile. Les deux autres conceptions de l’identité structureront, quant à elles, notre investigation : 1) la possibilité de regrouper sous une même idée un groupe de chose 2) ce qui permet de différencier, sans confusion possible, une chose des autres. Voilà donc en définitive les questions du présent essai : 1) est-il possible de regrouper, selon des critères que l’on aura trouvés, le cinéma argentin de ces quinze dernières années, sous une même idée (concept, élément) ? 2) ce Nouveau Cinéma Argentin a-t-il une voix particulière, parfaitement identifiable et différenciable des autres ?

 

Eléments préliminaires – Sur le paradoxe du NCA, une naissance identifiée dans le temps et une absence de cohérence d’ensemble

Le cœur de notre essai prend racine dans le paradoxe essentiel du NCA : on sait quand il est né, on sait qui en sont les acteurs, qui en est le public… pourtant, aucune ratification intellectuelle ou cohérence artistique ne vient le valider comme mouvement cinématographique.

1. Années 1995-2002 : décadence de l’Argentine et renaissance de son cinéma, « un phénomène générationnel… dépourvu de génération ».

Les origines du NCA sont claires, elles sont intimement liées à la crise argentine des années 1990 et à son éclatante révélation, en 2001. Avec l’échec de la vague libérale, la crise politique (sous Carlos Menem), qui devient économique et sociale (on garde en tête l’image des caseroleros envahissant les rues de Buenos Aires et hurlant leur haine contre les banques et le gouvernement) – le pays connaît alors une période de décadence terriblement violente. La renaissance du cinéma argentin (qui avait été terrassé par la dictature) correspond strictement à cette période troublée : Trapero, Alonso et Martel réalisent leur premiers longs-métrages entre 1999 et 2002. Le code génétique du NCA est à déchiffrer à la lumière du contexte social de son apparition.

La crise, parce qu’elle révolte ou indigne, est un catalyseur de la création, notamment cinématographique ; mais elle a aussi des conséquences concrètes sur la fabrication des films. Tous les cinéastes du NCA partagent au moins une chose : les conditions de réalisation extrêmement difficiles de leurs débuts. Gonzalo Aguilar, dans « Un ensayo sobre el nuevo cine argentino », l’explique ainsi [traduction libre]: « entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, les tournages se font avec de petits budgets, dans des conditions modestes : pour les cinéastes indépendants, les week-ends, avec des équipements prêtés, pendant de longues périodes ; pour les cinéastes plus industriels, en province, avec des acteurs amateurs, comme c’est le cas de « Historias mínimas ». Les mises en scène s’éloignent souvent du scénario, car elles intègrent des éléments surgis lors du tournage, comme une irruption de la réalité environnante. » Le NCA est donc d’abord le cinéma de l’artisanat et de la débrouillardise de jeunes artistes pleins d’abnégation.

Mais si on peut parler de « phénomène générationnel » (bien que dépourvu de « génération », on va le voir), c’est aussi parce que la fin des années 1990 correspond à la première vague de cinéastes sortis de la Escuela Nacional del Cine y de la Televisión (créée 10 ans plus tôt par Fernando Birri). La formation offerte par cette école est définie par son créateur comme « une philosophie de la libération, pluridimensionnelle et anti-scolastique ». Difficultés économiques donc, mais aussi philosophie et formation communes, tels sont les attributs de ces jeunes cinéastes, regroupés dans l’expression « NCA ».

Pourtant la question est plus complexe, notamment car jamais aucun d’entre eux ne s’est réclamé de cette génération supposée !

2. Absence d’institutionnalisation et de cohérence de mouvement : la nouvelle vague argentine n’existe pas.

Un mouvement artistique est adopté, affiché : c’est le choix que plusieurs artistes font d’articuler leurs œuvres entre elles, de partager des références, des messages, des techniques. La Nouvelle vague française était apparue et avait perduré en grande partie grâce à la stimulation intellectuelle qu’étaient les écrits provocateurs des Cahiers du cinéma (dont tous les cinéastes du mouvement étaient d’ailleurs issus). Le néoréalisme italien était un cinéma del’exceptionnalité du quotidien, porté par un groupe soudé de cinéastes (Rosselini, De Sica, De Santis) et identifié très exactement comme une variation perpétuelle de « Rome, ville ouverte » (Rosselini, 1945).

Pour le Nouveau Cinéma Argentin, rien de tout cela ! Impossible de trouver un film fondateur (comme « Le coup du berger » de Rivette pour la Nouvelle vague française ou le film de Rosselini pour le cas italien), ni -par la même occasion- de moment très exact de son apparition. Si les cinéastes du NCA ont tous à peu près le même âge (si on exclut Sorin, Bielinsky et Caetano, ils ont tous entre 40 et 50 ans aujourd’hui) et partagent une même culture, ils n’affichent pourtant ni cohérence intellectuelle (pas d’institutionnalisation du mouvement par un manifeste, par exemple) ni esprit de génération.

3. Un paradoxe qui justifie notre étude.

Si le NCA était un mouvement revendiqué, la question de son identité ne se poserait pas, car celle-ci serait institutionnalisée. Si, dans le cas contraire, on assistait à une dispersion totale du cinéma argentin, sans le moindre indice d’une ressemblance quelconque, la recherche de son identité n’aurait pas de sens et les résultats seraient superficiels, à tous les coups. C’est donc l’association de ces deux éléments contradictoires qui motivent notre démarche dans cet essai.

Comment des cinéastes venus du même essaim peuvent-ils se tourner le dos ? Il y a une réelle question ici et la réponse à apporter est loin d’être cantonnée au seul domaine du cinéma.

A la recherche de l’identité du « Nouveau Cinéma Argentin » (1/3)

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2011/07/21/a-la-recherche-de-lidentite-du-nouveau-cinema-argentin/ © Bulles de Savoir

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