A la recherche de l’identité du « Nouveau Cinéma Argentin » (2/3)

La diversité du Nouveau Cinéma Argentin : grande difficulté dans la recherche d’une identité

Si, comme on l’a déjà dit, le principal obstacle théorique à l’invocation d’un Nouveau Cinéma Argentin est son absence de revendication intellectuelle propre, il en est un autre, plus empirique mais non moins essentiel : je veux parler de la diversité de ce même cinéma, tant du point de vue du genre que du public visé.

1. Cinéma indépendant et productions grand public : réception et financement

Dans la génération que l’on a cherché à définir, certains cinéastes d’art et d’essai comme Lisandro Alonso n’attirent que de rares spectateurs en salles ; d’autres (comme Campanella et ses millions d’entrées avec « Le fils de la mariée »)récoltent de grands succès publics. Peut-on englober ces deux démarches de cinéma radicalement différentes dans un même moule ? Non, assurément. Peut-on à l’inverse les opposer selon la distinction traditionnelle film commercial/film d’auteur ? Cela semble difficile : « Carancho » de Trapero par exemple est à la fois un film à succès et un film radical dans sa démarche filmique. La grande figure symbolique du NCA est sans doute Ricardo Darín, acteur de telenovelas, devenu omniprésent sur les écrans argentins : force est de constater qu’il est à la fois un acteur extrêmement bankable et un comédien qui n’hésite pas à toucher au cinéma plus confidentiel. Le NCA est donc hétérogène quant au public visé, mais aussi difficile à faire entrer dans des cases.

Le constat global est donc trouble, d’autant plus qu’on observe depuis 2006 une déconnexion croissante entre le cinéma argentin et son public : plus de la moitié des films ont besoin d’une coproduction internationale et d’une mise en valeur dans des festivals européens pour exister. Le NCA n’est donc ni vraiment indépendant ni vraiment populaire.

Il semble nécessaire de rompre, dans cette analyse, avec nos schémas distinctifs habituels.

2. Des genres multiples au mélange des genres

Sans énumérer chacun d’entre eux, on peut rapidement constater que le NCA n’a pas non plus d’identité de genres (à distinguer des thèmes). On trouve de tout : comédie loufoque (« Bombon el perro », 2004), romance sur le genre (« Tan de repente », 2004) ou road-movie (« voyage en famille », 2003).

Un trait caractéristique du NCA, si trait il y a, serait peut-être la « mezcla de géneros » (mélange des genres). Le grand succès récent de Campanella « El secreto de sus ojos » était à la fois une comédie romantique, un thriller et un policier.

Et si ce mélange des genres était la preuve de l’absence d’identité du NCA ou, plus exactement et pour ne pas disqualifier le but de notre recherche, le signe de son incapacité à faire sienne la somme de ses références et influences ?

Une particularité (ou spécificité) malgré le poids des influences et des références ?

On le disait en introduction : une manière de chercher une identité peut être d’identifier la particularité, la spécificité d’une chose. Peut-on justement parler d’un regard particulier, spécifique du NCA ?

Ricardo Darín, lui-même, confesse : « je ne crois pas que le cinéma argentin possède une identité propre. Les histoires racontées ici pourraient l’être de la même façon en Italie, aux Etats-Unis ou ailleurs »Cette phrase dit plusieurs choses. D’abord, que le (Nouveau) Cinéma Argentin ne relate pas d’histoires qui lui sont propres. Ensuite, qu’il n’a pas de façon particulière de les raconter. Enfin, qu’il n’y a pas de différence entre le cinéma de là-bas ou d’ailleurs. En somme, Darín nie l’existence totale d’une particularité du NCA. C’est d’ailleurs l’opinion la plus répandue en Argentine et, de prime abord, il est possible de ne voir dans le NCA qu’une mixture, digérée avec plus ou moins de talent, de références multiples. L’influence américaine est évidente, dans le découpage des séquences ou le déroulement de l’intrigue (voir « Carancho » par exemple), mais c’est surtout vers l’Europe que se tourne le NCA – le mélodrame et le film d’horreur espagnols, la comédie italienne, la romance française sont des standards omniprésents. Juan José Campanella, fer de lance du NCA, passe la moitié de son temps à Paris et a déjà réalisé plusieurs épisodes de Dr House !

Selon les points de vue, le NCA est donc un cinéma plagiaire et sans âme ou un savant mélange des influences internationales qui nourrissent et ont toujours nourri l’Argentine. Dans tous les cas, on a du mal à discerner la « voix particulière » de ce cinéma.

Une identité thématique ? Comprendre la société argentine

Refusons les conclusions hâtives et poursuivons notre recherche de l’identité du NCA, non plus dans son sens exclusif (voir paragraphe précédent) mais bien inclusif, c’est-à-dire en lui trouvant un dénominateur commun. La question des thèmes traités est incontournable.

1. La crise socio-économique omniprésente et la dictature en toile de fond

Carlos Sorin, sorte de doyen du NCA, est très clair : « sur le plan thématique je ne pourrais pas raconter une histoire qui ne soit pas liée à la crise économique et sociale. C’est comme si, dans ce pays, faire un film d’imagination, de pure fiction, était devenu immoral », dit-il. Ricardo Darín (dont la contradiction des propos est une preuve supplémentaire de la complexité de la question) ajoute : « ces cinéastes ne forment certes pas un véritable mouvement mais partagent tous un souci de décryptage d’une société durement touchée par une catastrophe économique et les années de la dictature. » Il est vrai que l’immense majorité des films labellisés NCA racontent l’histoire douloureuse de leur pays dans un style proche du documentaire. Ceci s’explique en grande partie par l’origine du NCA, en plein cœur de la crise de 2001, qui l’a plaqué dans une réalité incontournable. Pourtant, quid de cette réalité socioéconomique dans « Medianeras » (2010), pour ne citer que ce film-ci ? Les contre-exemples assez nombreux viennent affaiblir la piste de cette identité thématique supposée.

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2. La question des identités : l’autre et l’immigré

L’autre, l’étranger est également récurrent dans le NCA. Il s’agit toujours de diverses scansions d’une altération de l’identité argentine, mise à mal, mise en question, inquiétée par des personnages intrus, introduits sans invitation. On pense spontanément à « Garage Olimpo » (Bechis, 1999) avec ces nouveaux maîtres du pays, barbares vis-à-vis d’un ennemi protéiformeTeresa Toledo parle bien de la présence de ce thème dans le cinéma d’Argentine: « l’italien Don Genaro dans « Nobleza Gaucha » (Martinez, 1915); le voisin, l’inconnu du bidonville dans « Buenos Aires » (Kohon, 1958), transitant entre le centre et la marge ; les envahisseurs en gris clair, menaçants, et de plus en plus puissants de « Invasión » (Santiago, 1969) ; Freddy, le personnage bolivien invisible dans le générique initial de « Bolivia » (Caetano, 1969), mais bel et bien présent dans son affirmation verbale “Peruano no, boliviano”; et enfin, toujours dans « Bolivia », la figure de l’artiste, étrange flâneur, au milieu des conflits sociaux, parti à la recherche de déchets pour faire un nouveau drapeau argentin. Toujours l’autre, l’étranger, l’intrus. »

Mais là encore, il est impossible d’en tirer des conclusions sur l’identité du NCA – cette fois pour une autre raison : ce thème existe depuis toujours dans le cinéma argentin !

3. La persistance du problème

Les lignes thématiques récurrentes que l’on peut trouver dans le NCA sont en fait liées aux obsessions de la société argentine : il est difficile de savoir si elles sont une réponse à la demande du public ou un acte artistique fort de la part des réalisateurs.

Rien n’est donc vraiment résolu pour notre recherche, d’autant moins que, sur les questions thématiques, on peut aussi bien opter pour une diversité que pour une unité des thèmes, en fonction des films que l’on compare.

Des réponses plus satisfaisantes sont à trouver dans la composition même des films du NCA, dans la matière filmique et le savoir-faire des réalisateurs. Dans ce qui fait du cinéma une forme d’artisanat. 

A la recherche de l’identité du « Nouveau Cinéma Argentin » (2/3)

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2011/07/22/a-la-recherche-de-lidentite-du-nouveau-cinema-argentin-23/ © Bulles de Savoir