A la recherche de l’identité du « Nouveau Cinéma Argentin » (3/3)

Une identité dans la composition intrinsèque des films ?

1. L’écriture scénaristique en Argentine : la vieille relation entre cinéma et littérature

Le cinéma argentin a toujours été étroitement lié à la littérature de son pays, dans ses codes et angles d’écriture. Son regard est comme littéraire. Le célèbre critique argentin Santiago Batle explique ainsi cette idée: « la littérature est […] une compagne fidèle du cinéma argentin. Celui-ci a toujours entretenu un rapport constant et variable avec la littérature, car c’est sur son métier à tisser que s’est forgé l’insaisissable identité argentine depuis Sarmiento, jusqu’à Saer, en passant par les compositeurs de tango des années 20-40 et du rock and roll des années 70-90. C’est l’imbrication, l’intrication constante entre le cinéma et la littérature qui caractérise ce rapport, bien plus que la concurrence ou la défiance. Le regard aveugle mais visionnaire de Borges, ou celui expatrié de Cortázar, celui cinéphile de M. Figueras, celui enjoué et distant de Rejtman, montrent un commun attachement aux pouvoirs réflexifs de l’imagination (visuelle ou langagière), qu’elle soit littéraire ou cinématographique. Ces pouvoirs sont certes imaginaires, mais aussi bel et bien réels puisqu’ils s’exercent avant tout et surtout sur soi-même, dans le but de voir sans œillères toutes les réalités environnantes, et de se mettre à leur écoute sans que la rumeur lancinante des idées reçues et des médias parasite notre écoute. » Dans le NCA, on retrouve cette constante. « Bombon el perro » est un bon exemple de cette imagination réflexive.

Pourtant, cette imbrication littérature/cinéma ne saurait en rien être un élément de définition de l’identité du NCA, d’abord car elle existait bien avant l’apparition de ce Nouveau Cinéma, ensuite car l’Argentine n’a pas le monopole de la proximité entre livres et scénarii. Reconnaissons-le, la fidélité du cinéma argentin à la littérature argentine, tout au long de son histoire et jusqu’à aujourd’hui, vient même atténuer la rupture que l’on avait supposée entre cinéma classique argentin et NCA, du point de vue de l’écriture des films.

2. La réalisation : les esthétiques du NCA

Creusons maintenant dans la matière même des films du NCA, dans leur épaisseur et leur lumière, dans leur espace et leur mouvement. Peut-on accorder à ce cinéma une identité esthétique ?

Partons de cette phrase de Sergio Wolf : « l’idée d’une « génération d’orphelins » m’a toujours paru un point de départ qui condensait le sens aussi bien de ce qui était arrivé avant eux que de ce qui commençait à arriver avec eux. On y retrouvait le germe de la coupure -plus esthétique que générationnelle ou d’époque- qui s’est produit dans le cinéma argentin à partir de la moitié des années 90 ». L’absence de génération, la question complexe de la rupture et celle du contexte de l’époque sont ici remplacées par un autre outil analytique : l’esthétique.

Le NCA, c’est d’abord l’esthétique de la ville et de ses périphéries. Souvent, les réalisateurs proposent des relectures des espaces les moins fréquentés de Buenos Aires, comme un retour à la périphérie des choses. On trouve aussi une sorte de volonté d’appartenance à l’espace porteño. Chose troublante, ce rapport à la ville était également présent chez les réalisateurs de la Nouvelle vague française ou du néoréalisme italien (sans parler du cinéma d’Hong Kong ou du Nouveau Cinéma allemand). Sergio Wolf précise : « dès les débuts de ce nouveau cinéma [argentin], deux visions commencent à prendre forme: Agresti serait celui qui cherche à se réapproprier la ville comme témoignage du passé dans le présent, tandis que Perrone chercherait à hisser la vie quotidienne des banlieues à la condition d’un événement. » La ville est à la fois un lieu de la mémoire et un lieu de l’actualité : protecteur chez Ariel Rotter, symbolique chez Caetano, segmenté chez Rejtman.

L’esthétique du NCA, en plus d’être urbaine, est aussi profondément contemporaine – ainsi que le dit, à nouveau, Sergio Wolf : « comme s’il avait fait une variation de la célèbre phrase d’Arthur Rimbaud -« il faut être absolument moderne »-, le dit « nouveau cinéma argentin » a imposé, avec la force de l’évidence, sa volonté d’être contemporain. » Tout est traité du point de vue du présent, même le passé (voir « Mundo Grúa » de Lucrecia Martel) – on ne trouve aucun film d’époque dans le NCA. Cette contemporanéité pure se traduit par un recyclage du vieux genre argentin du « costumbrismo » (comprenez, comédie de mœurs), chez Campanella notamment. Le souci du NCA est de représenter l’Argentine comme elle est aujourd’hui.

Pour la première fois depuis le début de notre recherche, l’esthétique nous a permis d’approcher le cœur de l’identité supposée du NCA. Pourtant, et chacun en conviendra, il serait difficile de construire une théorie de mouvement artistique oude simple courant doté d’une identité uniquement sur des critères esthétiques et formels, qui ne sont que la concrétisation d’une certaine façon de faire du cinéma, de certaines idées ou conceptions.

Hypothèses et résultats

Après l’exposé des contradictions et de la complexité de la question de l’identité du NCA, le temps des hypothèses est venu. On en proposera deux.

Hypothèse 1 : l’identité du NCA, un optimisme mélancolique ?

L’expression est de Ricardo Darín : « il me semble que dans tous les films argentins que j’ai vus depuis une dizaine d’années, on ressent cette même chose indéfinissable et implicite, mais pourtant bien présente, un optimisme mélancolique ». Cette phrase, lâchée au détour d’une interview par l’acteur le plus célèbre du pays, contient peut-être la substance de l’identité du NCA.

Pourquoi est-elle si intéressante ? D’abord parce qu’en y réfléchissant, il est presque impossible de trouver un film du NCA qui ne réunisse pas ces deux dimensions, une mélancolie sous-jacente et un optimisme toujours présent, d’une manière ou d’une autre. Ensuite, parce qu’elle permet de mettre des mots sur la supposée « voix particulière » du NCA. Mais surtout parce que cette définition est transversale et inclusive : elle recoupe tous les genres, tous les thèmes, va au-delà des influences et références, embrasse les esthétiques. Elle est aussi le résultat de tout ceci agrégé.

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L’hypothèse 1 peut donc être validée : le Nouveau Cinéma argentin a une identité qui réside dans cette tonalité générale, diffuse mais puissante que l’on peut appeler : « optimisme mélancolique ».

Hypothèse 2 : l’identité vraie, un cheminement commun ?

La seconde hypothèse est très liée à la culture argentine et à l’idée centrale de « destinée ». Le NCA aurait une identité presque téléologique, qui se manifesterait par un cheminement commun, à travers les vagues de l’histoire. Né dans le milieu des années 1990, mis en difficulté économique dès 2005, avec la désertion des salles de cinéma argentines et, depuis deux ans, en période de mue avec l’apparition fulgurante de ce qu’on appelle déjà le nouveau Nouveau Cinéma Argentin (« El niño pez ») ; le NCA semble faire bloc dans son évolution. Jean-Marie Nizan a ces mots : « le pays attend toujours, un peu désabusé, son énième renaissance. Rien ne dure en Argentine… et son Nouveau Cinéma semble perdurer, en cela peut-être existe-t-il avec son identité propre, si proche pourtant de celle de son pays. » Finalement, cette hypothèse est celle du mouvement historique (plus qu’artistique). Elle est séduisante car elle colle bien à la culture argentine : le pays et son Nouveau Cinéma cheminent ensemble. Moins substantielle que la précédente et un peu marxiste, cette hypothèse est pourtant intéressante car elle est la moins artificielle : elle est palpable et, surtout, largement répandue en Argentine.

L’hypothèse 2 est donc validée à son tour : l’identité du NCA réside aussi dans l’homogénéité de son cheminement historique.

A l’aboutissement de notre étude, l’identité du Nouveau Cinéma Argentin peut donc être ainsi définie : elle est à la fois substantiellement contenue dans une tonalité générale que l’on a appelée ‘optimisme mélancolique’ et historiquement observable dans la cohérence d’ensemble de son cheminement commun, en relation avec celui de l’Argentine.

A la recherche de l’identité du « Nouveau Cinéma Argentin » (3/3)

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2011/07/23/a-la-recherche-de-lidentite-du-nouveau-cinema-argentin-33/ © Bulles de Savoir