Rien ne sert de courir…quand on ne sait pas où on va !

Récemment un article publié sur votre blog préféré au sujet des « salles de shoot » m’a poussé à réagir concernant la méthode argumentative employée par l’auteur. Avant d’aller plus loin dans mon analyse, je tiens à préciser que je ne vais pas rentrer dans le débat de fond ouvert par Victor, mais exclusivement m’attacher à critiquer l’argumentation qu’il emploie, sûrement malgré lui.

En effet il est de bon ton depuis quelques décennies de faire appel, pour convaincre son auditoire, à la réthorique des « progrès » et des « retards ». Ainsi il y aurait deux camps : les partisans de l’avancée perpétuelle de l’humanité sur le chemin du progrès ; et de l’autre les partisans de la régression et de l’immobilisme qui n’auraient pas compris le sens de l’histoire.

C’est alors que la France accuserait des retards dans sa législation par rapport aux autres pays sur des sujets tels que : le mariage homosexuel, l’euthanasie, les salles de shoot. Loin de moi l’idée de rentrer dans le fond de ces débats. Je souhaite à l’inverse, dénoncer par cet article, la perspective effrayante de la « réthorique des progrès » qui voudrait nous les imposer comme des évidences irrésistibles.

Premièrement cette méthode est tout à fait contestable du point de vue arithmétique. Lorsqu’on analyse le nombre de pays qui, proportionnellement, ont adopté ces législations qualifiées de progressistes, on est forcé de constater qu’ils représentent une minorité écrasante (et écrasée) dans le concert des nations. Ainsi sur l’euthanasie par exemple, seuls trois pays dans le monde acceptent l’euthanasie dite « active ». Sur plus de deux cent Etats, on peut légitimement s’interroger sur la notion de « progrès » ou de « retard » de la majorité. Si on estime inversément que la minorité a raison parce qu’elle est minoritaire, alors dans ce cas il sera judicieux d’estimer la France en retard sur les pays qui ont rétabli la peine de mort depuis les années 80. Ils sont significativement plus nombreux, notamment aux Etats-Unis, que les pays ayant adopté l’euthanasie.

Vous l’aurez compris se fier à cette analyse pseudo comparative est une escroquerie intellectuelle. Elle détourne des chiffres qui ne veulent rien dire en soi et surtout récompensent, au nom d’un progrès normé de façon circonstanciée, ce qui va dans le sens de l’histoire ou pas. Dès lors trois pays s’engageant hasardeusement dans une voie législative, sont qualifiés de pionniers courageux dans un cas – celui de l’euthanasie active – tandis que des Etats rétablissant par voie référendaire la peine de mort seraient engagés dans une régression « moyen-âgeuse ».

Cela montre à quel point cette méthode argumentative progressiste est tout à fait retournable à souhait ! En effet, n’était il pas dans le sens du progrès de consentir à la violence étatique et aux persécutions contre les minorités raciales dans les années 30, lorsque tous les Etats y consentaient en Europe de façon insidieuse ? Que dire de ces voix discrètes et parfois inaudibles de ceux qui, envers et contre le sens de l’histoire dominant, osaient courageusement s’ériger contre la majorité pour critiquer un mal en soi ?

Fonder la vérité sur le seul critère arithmétique est donc fallacieux : il abandonne à l’opinion et à l’arbitraire, le soin de dicter ce qui est juste ou ne l’est pas.

Plutôt que de chercher, par la raison, à démontrer et convaincre, l’argumentaire progressiste est surtout l’arme fatale pour discréditer son adversaire et couper court à tout débat.

Pourtant les enjeux sociétaux des sujets soumis à l’idéologie du progrès méritent mieux que les clivages opposant conversatisme versus progressisme. Ils engagent souvent des choix fondamentaux impliquant une vision de l’homme. Est ce que le débat sur la peine de mort peut souffrir d’une question de sondages ? Le débat sur la fin de vie peut il être ramené à des calculs numériques cherchant une légitimité dans des cas minoritaires et expérimentaux, alors même que la question touche au devenir même de notre société ?

Il est possible de s’interroger pour savoir quel est le but réel de cette méthode argumentative. Chercher une légitimité introuvable dans la raison ? Discréditer l’adversaire en le rangeant du « côté obscur de la force » ?

Là encore sortons des débats chiffrés et noyautés par les sondages. Concentrons nous sur l’être des choses et leur profondeur. Sans carricature, sans faux semblant et sans eclats, cherchons à expurger les débats de cette dialectique creuse et relativiste du « progrès » pour nous attaquer aux fonds des problèmes. Peut être même, pourrions nous oser parler de recherche de la vérité ? N’est ce pas là, le but de la philosophie ?

A force de vouloir courir derrière le progrès, plus personne ne sait vraiment ce qu’il cherche. Il devient alors un prétexte confortable mais en aucune façon un argument convaincant.

« Rien ne sert de courir il faut partir à point », dit La Fontaine. Pour autant, avant de se lancer dans la course aux idées, il faudrait encore savoir où se situe la ligne d’arrivée !

Rien ne sert de courir…quand on ne sait pas où on va !

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2011/07/28/rien-ne-sert-de-courir-quand-on-ne-sait-pas-ou-on-va/ © Bulles de Savoir