Les women’s colleges, ou l’éducation au féminin

Barnard College, Bryn Mawr College, Mount Holyoke College, Smith College, Wellesley College… ces universités américaines réveilleront peut-être quelques souvenirs à celui ou celle qui un jour envisagea des études supérieures aux Etats-Unis et découvrit non sans surprise l’existence d’institutions dont le corps étudiant est exclusivement féminin : les fameux « women’s colleges ». Ces institutions, qui n’ont pas leur équivalent en France et sont méconnues aux Etats-Unis, souffrent trop souvent de préjugés tenaces, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique. « Tu vas vivre dans un couvent ! », « Je ne savais pas que tu étais féministe… » ou « Tu vas devenir lesbienne ! » ne sont que quelques-unes des réactions les plus communes suscitées par la décision d’étudier dans un women’s college. Autant de commentaires qui reflètent la méconnaissance d’institutions dont l’histoire remonte au début du XIXe siècle et dont l’excellence de l’éducation qu’elles prodiguent devrait de nos jours servir de modèle pour l’ensemble de la sphère éducative.

Un peu d’histoire

Au cours de la période coloniale, l’idée commune d’une infériorité intellectuelle des femmes ne permet pas à celles-ci d’accéder à l’éducation, et il faut attendre le début des années 1800 pour voir émerger les premières institutions réservées aux jeunes femmes, à l’instar du Mount Holyoke Seminary, fondé en 1837 par Mary Lyon. D’abord destinées à former de futures mères, femmes ou institutrices, ces académies développent peu à peu leurs enseignements sur le modèle des plus prestigieuses universités masculines, et sont alors considérées comme la meilleure voie d’accès à l’éducation pour les femmes. En un peu plus d’un demi-siècle, près d’une centaine de women’s colleges sont fondés, alors qu’apparaissent en parallèle les universités mixtes. En 1880, plus de 20 000 jeunes femmes sont inscrites à l’université (soit 33% de la totalité de la population étudiante américaine) dont la moitié dans des institutions uniquement féminines. Après la guerre civile, les women’s colleges du Nord-Est des Etats-Unis développent un curriculum libéral destiné à démontrer la capacité des femmes à poursuivre des études aussi exigeantes et abouties que celles des hommes. Parmi ces universités d’élite, les fameuses « Seven Sisters » – Barnard, Bryn Mawr, Mount Holyoke, Radcliffe, Smith, Vassar et Wellesley –, pendant féminin de la Ivy League, se distinguent par l’excellence de leur enseignement et demeurent aujourd’hui une référence pour l’éducation des jeunes femmes. Au tournant du XXe siècle l’éducation mixte devient la norme, à mesure que les institutions autrefois exclusivement masculines ouvrent leurs portes aux femmes tandis que de nombreux women’s colleges deviennent en parallèle accessibles aux hommes, pour des raisons économiques mais surtout sociales, liées aux revendications d’égalité homme-femme particulièrement fortes au cours des années 1960 et 1970. L’éducation séparée est alors perçue comme sous-entendant une infériorité féminine et les women’s colleges sont critiqués pour ne pas préparer les étudiantes au « monde réel ». Le nombre de women’s colleges a ainsi décliné pour atteindre aujourd’hui moins de 80 institutions aux Etats-Unis. La plupart des universités de femmes ayant survécu au déclin des années 1970 se sont transformées en universités pour femmes, dédiées plus que jamais à servir les intérêts de leurs étudiantes.

L’excellence au féminin

Loin de l’image austère de couvents retirés de la société, les women’s colleges sont des institutions dynamiques et stimulantes qui offrent des opportunités d’épanouissement intellectuel et professionnel peu égalées dans le monde. Des recherches ont révélé que les diplômées de women’s colleges ont plus de chances d’occuper des positions élevées dans la sphère professionnelle et de recevoir de plus hauts salaires que leurs homologues issues d’universités mixtes. Bien que seulement 4% de l’ensemble des diplômées aux Etats-Unis proviennent de women’s colleges, ces dernières représentent 20% des femmes travaillant au Congrès et 33% des femmes à la tête des 1000 plus importantes entreprises américaines. Parmi les plus célèbres diplômées de women’s colleges figurent Jane Addams (Rockford), Madeleine Albright (Wellesley), Hillary Clinton (Wellesley), Nora Ephron (Wellesley), Katharine Hepburn (Bryn Mawr), Nancy Pelosi (Notre Dame & Trinity), Nancy Reagan (Smith) ou encore Diane Sawyer (Wellesley). De tels résultats s’expliquent en partie par le fait que les women’s colleges attirent sans conteste les meilleurs éléments du pays mais également par un effet d’émulation généré par le regroupement d’étudiantes ambitieuses et brillantes au sein d’un espace privilégié. En effet, l’atmosphère unique des women’s colleges encourage la participation active au sein de la communauté et renforce la prise de confiance des étudiantes en leurs talents de leader.

La vie dans un women’s college

L’un des préjugés les plus tenaces concernant les women’s colleges est celui d’une totale absence de la gente masculine. Si, comme leur nom l’indique, les women’s colleges demeurent avant tout des institutions féminines, nombre d’entre eux ont développé des partenariats avec des universités mixtes, avec toujours l’objectif de fournir la meilleure éducation possible. C’est le cas par exemple de Wellesley College, près de Boston, dont les étudiantes peuvent suivre des cours au Massachusetts Institute of Technology et même obtenir un double diplôme dans le cadre d’un cursus de cinq ans.

Les women’s colleges sont aujourd’hui plus que jamais ouverts et tournés vers le monde et ne sont pas incompatibles avec une vie sociale active, même si le sérieux et la rigueur académique de ces institutions contrastent singulièrement avec les plus renommées « party schools » américaines. Evoluer au sein d’une communauté de jeunes femmes aux origines les plus diverses est une expérience hors du commun qui suscite chaque jour des sentiments allant de la surprise à l’excitation, en passant par l’enchantement et l’exaspération. Entre les soirées pyjamas/manucure/ragots à quinze dans une chambre de deux, les séances révision à l’approche des examens qui virent à la thérapie de groupe ou les inévitables discordes entre colocataires, la vie au sein d’un women’s college est riche d’enseignements sur soi et sur son rapport à l’autre. Une telle expérience est également une source de réflexion sur ce que signifie être une femme dans la société d’aujourd’hui. Appelés à former des femmes qui feront une différence dans le monde, les women’s colleges ont encore sans nul doute un bel avenir devant eux.

Les women’s colleges, ou l’éducation au féminin

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2011/12/18/les-womens-colleges-ou-leducation-au-feminin/ © Bulles de Savoir

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