La mort des idées

En 1823, Théodore Jouffroy a écrit un texte magnifique, presque sublime, traitant de ce sujet précis et intitulé « Comment les dogmes finissent ». A la lumière de trois décennies charnières, ce brillant normalien, contemporain de Tocqueville, décrit les différentes étapes de la vie d’un système de pensée, depuis les signes annonciateurs d’un retournement dogmatique jusqu’à la fin du cycle. L’intérêt particulier de cet essai réside dans sa souplesse, il s’applique à toute forme de croyance, qu’elle soit religieuse, politique ou scientifique. Jouffroy introduit son texte par ces mots : 

«Quand un dogme touche à la fin de son règne, on voit naître d’abord une indifférence profonde pour la foi reçue. Cette indifférence n’est point le doute, on continue de croire. Pas même une disposition à douter, on ne s’est point encore avisé que le doute fût possible. Mais c’est le propre d’une croyance qui n’a plus de vie et qui ne subsiste que par la coutume. Dans les temps éloignés où le dogme prit naissance, on l’adopta parce qu’il parut vrai ; on croyait alors, et on savait pourquoi : la foi était vivante. Mais les enfants des premiers convertis commencèrent à admettre le dogme sans vérifier ses titres, c’est-à-dire à croire sans comprendre. Dès lors, la foi changea de base, et au lieu de reposer sur la conviction, s’assit sur l’autorité et tourna en habitude. »

L’application de ce modèle aux dogmes contemporains est un exercice particulièrement passionnant. Après analyse, il est aisé d’identifier plusieurs idées en déclin telles que décrites par Jouffroy, et ce, dans des domaines très variés. Selon Jouffroy, a priori, le jour viendra où l’idéologie fondatrice de notre système actuel s’effacera devant une autre croyance. Cette atmosphère de « fin de règne » est particulièrement palpable en Occident et en Europe, où « la foi est moins vivante ».

Pourtant, l’inquiétude nait lorsque l’on constate qu’il est bien plus difficile d’identifier les idées contradictoires, celles qui remplaceront les anciennes. Serait-il possible que notre système actuel s’extrait du schéma de Jouffroy ? Où se trouve l’idée contradictoire ?

Le capitalisme, que l’Académie Française décrit comme « un régime dans lequel les moyens de production sont propriété privée », se fonde sur la production de richesse matérielle en tant que biens, services, et information. Pris dans ce sens, le capitalisme œuvre d’une certaine façon à la gloire de la matière, tout en ayant la particularité de porter en lui le rejet des idéologies, et tout particulièrement depuis 1989, date symbolisant la transition du bi-pôle au monopole.

Il suffit de lire la définition française de Wikipedia pour comprendre le rapport que la doxa entretient aujourd’hui avec l’idéologie : « L’idéologie s’accompagne de croyances, de notions, d’opinions, de convictions et est parfois constituée en dogmes. Le terme véhicule couramment une connotation péjorative et désigne alors un ensemble de spéculations, d’idées vagues et mystérieuses qui prônent un idéal irréaliste et justifient des actions radicales. »

Le capitalisme ne se présente pas comme un dogme, ce n’est pas une théorie, le prisme est officiellement illimité, et c’est justement sa force. En organisant dès les années 50 aux Etats-Unis une véritable chasse aux «idéologies », incluant successivement le communisme, le mouvement hippie, le socialisme, et d’autres… il s’est protégé contre les courants de pensée résistante, et a maintenu sa dimension prosélyte.

Pourtant, le capitalisme a toutes les raisons d’être considéré lui-même comme une idéologie. Il est particulièrement amusant de constater qu’à l’origine, le retour du mot « idéologue » dans le langage courant a été popularisé par Napoléon Bonaparte à la suite de la Révolution pour désigner les libéraux démocrates, adversaires du régime, et penseurs du capitalisme. Le mot « idéologie » au sens marxiste décrit justement l’idéologie dominante en tant que vision du monde imposée par la classe dominante, en l’occurrence capitaliste.

Malgré l’incongruité de la situation, le capitalisme s’est progressivement dissocié du concept d’idéologie. A travers le discours de ses représentants, il imprime au terme une acception de plus en plus péjorative. L’idéologue aujourd’hui est le soviétique, le nazi, le marxiste, le syndicaliste, l’écologiste. Le discours sur les idées est désormais galvaudé, il devient cantonné au para-système, à la marge.

Ici, nous pouvons mettre en lumière un véritable risque.

Si nous prenons l’idée au sens large, non pas au sens d’opinion, ni même au sens de théorie, mais au sens de sources d’innovation et de potentiel d’action, le dénigrement généralisé des idéologies est très inquiétant. Au vu de ces symptômes, on peut penser que le capitalisme est en passe de s’extraire du schéma de Jouffroy, dans la mesure où le cycle n’est plus approvisionné en « idée fraiche ».

Que devient un système qui s’autonourrit sans être renouvelé malgré la mise en lumière d’aberrations intrinsèques ? Comment décrire un système aveugle, dans lequel l’idée est reléguée au rang de relique ? Cela pourrait ressembler aux dystopies d’Orwell, d’Huxley et de tant d’autres. Un monde où la rationalité, la technologie, et la matière prennent le pas sur l’idée, l’intention, et la volonté, en un mot : la liberté.

Comme disait Marguerite Duras, reprenant Ernst Gläzer dans une vidéo archive de l’INA : « Quand il n’y aura plus de liberté, il y aura toujours au moins un homme pour en rêver ».

Le suridéalisme est une tentative de réponse. A l’origine, il s’agit d’un regard théorique qui construit le monde autour d’une dualité primordiale : l’Idée et la Matière. Force est de constater qu’aujourd’hui des mécanismes, des structures ou des systèmes construits par l’homme tendent à devenir incontrôlables et indépendant de notre volonté. La théorie suridéaliste nomme ce type de phénomène « la matière autonome », ou « surmatière » et prône une prise de position claire en faveur de l’Idée, entendue comme contre-force de la matière autonome. A travers ce choix, elle se pose en adversaire du surmatérialisme. Pour étayer son propos, elle dresse un bilan des signes annonciateurs de ce déséquilibre.

La liste des symptômes témoignant de ce reflux de l’Idée dans nos sociétés contemporaines ne tiendrait pas dans cet article, mais nous pouvons mettre en lumière une des manifestations les plus visibles de ce retournement progressif : nous recevons chaque jour davantage d’information.

L’information, au sens de flux de données sur la réalité (sociale, physique ou virtuelle), est considérée comme de la matière depuis les théories constructivistes du XXème siècle. Le rapport de force prend tout son sens, lorsque comme Edgar Morin, nous incluons l’information dans l’ensemble « matière » et non pas dans l’ensemble « idée ».

Aujourd’hui, noyés dans les flux d’information, dans les images, dans les réponses, nous confondons la donnée avec l’idée. Et ce n’est pas étonnant, dans la mesure où la réception d’une donnée ressemble à s’y méprendre à l’émission d’une idée. Dans les deux cas, nous jouissons de la sensation de croissance. Seulement, les démarches sont très différentes.

En d’autres termes, aujourd’hui, nous introjetons au lieu de projeter, et celui se traduit par une réduction sensible de notre liberté d’agir et de penser.

La liberté de la matière, elle, se développe au contraire, comme nous l’avons vu plus haut, sous forme de « matière autonome ». Elle apparait avec le développement de l’Intelligence Artificielle. Elle devient flagrante avec l’introduction de puces RFID dans nos poignets, encouragée par la consommation de masse et l’explosion de la vie privée. Elle s’appuie sur la constitution de systèmes autonomes déconnectés de la réalité biologique et sociale. L’exemple le plus flagrant est celui du système financier globalisé.

Certes, la matière n’est pas le mal et l’idée n’est pas le bien. La réalité, au sens suridéaliste, est justement le fragile champ de contact entre ces deux puissances. Mais, il faut garder à l’esprit que l’équilibre doit être maintenu.

Si l’idée s’efface devant la matière autonome que nous avons engendrée, l’homme ne sera plus que le rouage d’un système, un piston, une poulie, une ressource.

L’espoir ne réside que dans notre capacité à réagir. Nous devons projeter une vraie volonté afin de construire une nouvelle réalité. Car si l’idée disparait, si nous n’avons plus d’intention, que restera-t-il de la ressource humaine aux yeux du système ?

La science-fiction a mis un nom sur ce destin possible : des robots.

La mort des idées

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2012/01/13/la-mort-des-idees/ © Bulles de Savoir

Commentaires

  1. Un article dont l’originalité est tout à fait douteuse.

    Sur la portée didactique de l’article :
    Le titre de Jouffroy est pris à la lettre. Pourtant ce que ce dernier note dans l’extrait proposé, ce n’est pas tant la disparition des idées que sa fondation dans des structures sociales et politiques. Les chrétiens sont certainement moins enthousiastes que leurs parents convertis mais n’en demeurent pas moins croyants. L’idée meurt au sens où elle se fige en doctrine, elle perd la souplesse et la malléabilité d’un sujet toujours discuté. Mais la mort, ce n’est pas ici la disparition, c’est l’habitude, c’est une seconde nature. Alors de deux choses l’une : soit le texte est mal compris. Soit la citation est mal choisie.

    « Après analyse », la disparition des idées serait palpable dans tous les domaines. L’article est bien hâtif lorsqu’il s’agit d’élaborer les arguments qu’il avance. Quant au mécanisme de dépassement des idées, il est très confus. Tantôt c’est un mouvement naturel (qui à nouveau n’est pas explicité) par lequel un mouvement de pensée est dépassé par un autre plus moderne et plus enthousiasmant. Difficile d’y trouver un modèle adéquat aux évolutions de la pensée scientifique si l’on suit la sociologie et l’histoire des sciences de Thomas Kuhn. Ce dernier décrit des mutations paradigmatiques au cours de moments de crise, des « révolutions scientifiques » (La Structure des révolutions scientifiques).
    Tantôt dans le cas du méchant capitalisme, le dépassement des « modèles » n’est possible que par un effort dramatique de la pensée. A moins que le capitalisme ne soit déjà plus tout à fait idée mais idéologie (quelle définition, autre que celle visiblement méprisée de Wikipedia ?), une sorte de pont vers ce qui est matière, mais c’est une autre histoire discutée plus loin par l’article.

    Sur la portée philosophique de l’article, la séparation matière-idée :
    La séparation n’est pas nouvelle, elle est des plus classiques en philosophie et cela s’appelle le dualisme. Pourquoi le nommer suridéalisme ? Pourquoi ne jamais définir la matière ? Pourquoi ne jamais vraiment expliciter ce qui est entendue par Idée ? Qu’est-ce qu’un potentiel d’action ? Est-ce une puissance, une virtualité ? Non parce qu’alors elle serait essentiellement séparée de la volonté.
    L’idée, l’Idée, la pensée, l’idéologie, dogme, théorie, volonté, le mouvement… Il est bien dommage qu’aucune véritable définition ou distinction ne soit donnée.

    Cette hâte plonge dans la contradiction…
    On sépare l’idée de la matière (« une dualité primordiale : l’Idée et la matière »).
    Puis on mesure la disparition de l’idée à l’aune de la matière (notamment lorsqu’on constate le dépassement de la foi religieuse par l’essoufflement de la pratique ou lorsque l’on prend le parti de l’Idée contre la matière).
    « Dualité » mais « autonomie », « potentiel d’action » mais sans matière sont quelques-unes des contradictions qui auraient pu être fertiles si elles avaient été explicitées.

    … ou dans l’absurdité.
    Quel statut donné au capitalisme ? Matière ! clame l’article, Terrible matière, certainement pas théorie ou idée. Parce que c’est « un système qui s’autonourrit » et « un monde où la rationalité prend le pas sur l’idée » ( ?). L’article se contredit lui-même : il pense le capitalisme, le réfléchit, mais lui dénigre tout existence autre que matérielle. A moins que penser, ce ne soit pas produire des idées puisque l’idée est un « potentiel d’action »… Les définitions sont peu nombreuses mais suffisamment sèches et vagues pour nous perdre.
    Mais le capitalisme est peut-être bien pire ! Il est de l’ordre du système, de la « surmatière », c’est-à-dire de ce que la volonté est impropre à dominer. C’est mal ! Alors tout ce qui dépasse la volonté, c’est mal ! Les cratères lunaires, les failles tectoniques ou l’orbite des planètes, difficile de trouver de quoi dépasser cette surmatière par la volonté, alors c’est mal ! Les rêves sont indépendants de la volonté du rêveur. Alors les rêves, le capitalisme, et la voie lactée, c’est la même chose, de la surmatière, et c’est mal !

    Puis vient le commentaire sur l’intelligence artificielle. Je ne suis pas certain de le comprendre : pourquoi craindre l’intelligence artificielle en faisant la promotion de l’idée ? Il me semble qu’il s’agit bien au contraire de la victoire de l’idée sur la matière, du don de la faculté de raisonner (celle d’agir également) à ce qui devrait être inerte et sans volonté. A moins que l’idée ne dût être réservée qu’à ce qui est biologiquement vivant. Dans ce cas, c’est le corps qui distingue ce qui peut être doué de l’idée et ce qui ne le peut pas. La chair, le sang, les nerfs, voilà ce qui nous rend digne de l’Idée ! Bref, on s’assujettit à nouveau à la matière par peur de la technique.

    L’article tâtonne, prend acte de métaphysique puis daigne offrir quelques commentaires politiques ou historiques. Ce serait une belle discussion de bistrot s’il ne se vouait pas au mépris de la culture pour tous (Wikipedia rejeté au rang de doxa). Il est petit bourgeois dans son mépris populaire, son athéisme et son anti-américanisme ; il est faussement intempestif dans son anti-capitalisme, lorsqu’il n’est pas tout à fait classique dans ses suggestions philosophiques. Voilà une belle discussion de salon !

    • Monsieur,

      J’ai trouvé cet article intéressant.

      La violence de votre réponse je ne l’explique que par cette phrase : « Les chrétiens sont certainement moins enthousiastes que leurs parents convertis mais n’en demeurent pas moins croyants ».

      Vous n’avez pas aimé l’idée qu’une religion n’est pas immortelle. point.

  2. Je trouve que cet article est certes maladroit, voire confus parfois, mais je ne dirais pas qu’il n’est qu’une discussion de salon. La preuve, il ne vous a pas laissé indifférent. et c’est le moins qu’on puisse dire.

    Et puis je n’ai pas du tout compris les choses de la même manière :

    Il est manifeste que VOUS n’avez pas lu le texte. Il s’agit bien de vie et de mort d’une idée, pas seulement sa transformation en habitude. A la fin du texte de Jouffroy, l’idée dont le cycle s’achève est remplacée par une idée plus vivante.

    La partie sur le suridéalisme me semble en effet très intéressante, mas hâtive je vous rejoint sur ce point.

    En ce qui concerne l’amalgame Capitalisme/matière, je pense que l’idée est légèrement plus subtile que ce que vous en dites. Le capitalisme me semble être décrit comme une idée (qui ne dit pas son nom), qui insuffle à la matière une vitalité qui la rend autonome, et qui à son tour menace notre capacité à émettre des idées nouvelles.

    Voilà comment j’ai compris la chose. Et de ce point de vue, cela me semble justifié, et même intéressant.

    Le fait de citer wikipedia aurait pu être contesté. Mais justement dans ce texte, Wikipedia n’est pas rejetée au rang de doxa, mais comme le parfait reflet de la teneur d’une idée à un instant donné, en l’occurence aujourd’hui.

    la fin de votre commentaire est totalement délirante. « Il est petit bourgeois dans son mépris populaire, son athéisme et son anti-américanisme ».

    Petit bourgeois certes, il est détaché des réalités quotidienne, donc oui, d’une certaine manière.

    Son athéisme, je ne suis pas d’accord du tout. Sur le site de l’auteur, l’idée du suridéalisme me semble être justement une forme de spiritualité. Vous l’avez peut-être vécu comme tel, pour des raisons personnelles, qui ne me regardent pas.

    anti-américanisme, là c’est totalement absurde comme commentaire.

    bref, vous n’avez pas tout compris, et vous interprétez sans doute mal. Mais je n’ai pas tout compris moi-même…

    L’auteur pourrait-il d’ailleurs se manifester ?

    La citation choisie est l’ouverture, la première phrase.

  3. Merci messieurs pour ces commentaires.

    Qu’ils soient élogieux ou non, tout commentaire est flatteur pour mon article. Merci donc.

    M Androids, je crois que votre commentaire est un peu excessif, et vous n’avez pas tout à fait compris mon propos.

    Je n’ai certainement pas pris le titre à la lettre, et je pense comme Thomas Frenet que c’est bien vous qui le faites !

    Je n’ai absolument pas méprisé la définition de Wikipédia. Je dis qu’au contraire elle nous propose de comprendre l’acception courante du mot idéologie :  » Le terme véhicule couramment une connotation péjorative et désigne alors un ensemble de spéculations, d’idées vagues et mystérieuses qui prônent un idéal irréaliste et justifient des actions radicales ». Je ne suis pas d’accord avec cette idée, qui d’ailleurs n’est pas reprise dans le Wikipedia Anglais, ni dans le wikipedia allemand.

    bref, vous surinterprétez, et à tort.

    En ce qui concerne le suridéalisme, et la séparation matière/idée. En effet, le distinguo n’est pas nouveau. Le SUR-idéalisme apporte néanmoins qqchose de nouveau par rapport aux débats philosophiques classiques : il dénonce l’avènement d’une volonté autonome de la matière. Et donc, de la nécessité de prendre position. Ce n’est ni un matérialisme, ni un idéalisme, c’est une prise de position, ferme. Et en ce sens, c’est nouveau.

    Je vous conseille de creuser un peu plus, avant de clamer qu’il n’y a rien de nouveau dans cette théorie.
    Même si je veux bien croire que la qualité de l’expression n’est pas à la hauteur du potentiel de l’idée…

    Thoams, vous avez tout à fait saisi l’idée de la matière autonome : le système actuel est le fruit de notre intention, mais il possède la particularité d’insuffler une volonté propre à des systèmes technologiques, économiques, matériels. C’est tout à fait cela.

    Et pour répondre à votre demande, pouvez vous précisez votre question ? si vous avez des questions précises sur la théorie suridéaliste, je suis complètement dispo pour vous répondre.

    MMB

  4. Il aurait peut-être fallu que je fasse davantage de citations pour ne pas laisser l’impression que je commentais l’article en l’air.

    A propos de la citation. Effectivement je n’ai pas pris la peine de lire le texte, seulement la citation de l’article. C’est pourquoi j’ai dit que la citation était mal choisie: elle n’allait pas dans le sens de l’argument. Plutôt dans celui d’un lien entre la croyance et l’habitude. C’est un lien philosophique tout à fait fertile et très élaboré sous la plume de David Hume.
    Par ailleurs, peu m’importe que la religion meurt ou pas, et pour tout dire même si cela n’a rien à voir, je suis athée. Simplement, c’est une idée bien rapide qu’il faudrait justifier par un peu plus que la diminution de la pratique.

    A propos de Wikipedia et des US. C’est tout à fait mineur dans ce que j’ai dit (deux lignes) mais faire de la première une doxa et des seconds le lieu du prosélytisme capitaliste (« En organisant dès les années 50 aux Etats-Unis une véritable chasse aux «idéologies »,(…) [le capitalisme] a maintenu sa dimension prosélyte »), c’est très réducteur. Dire que les contre-cultures disparaissent, c’est voiler le fait que justement les US sont le pays par excellence où elles peuvent apparaître, à l’instar du mouvement hipster dans les années 40′ ou du mouvement hippie dans les années 60′ (cf. à ce sujet le Journal de Californie d’Edgar Morin par exemple).

    Ce que je voulais avant tout souligner, c’est que la démarche de l’article est peu philosophique dans la mesure où elle est contradictoire dans ses arguments et/ou laconique ou inexistante dans ses définitions.
    Un fatras de concepts qui ne sont pas évidents est lancé sans aucune explication: volonté, autonomie, matière, idée, Idée. Que veut dire « prise de position » pour l’idée? Que veut dire « potentiel d’action »? etc.
    Si la matière a une volonté autonome, alors elle est animée par de la pensée, donc de l’idée; c’est toujours l’idée qui domine… Ou alors il y a une définition particulière à donner de la matière (qui donnerait peut-être du sens à « autonomie de la matière) et de la volonté, mais ce n’est pas fait.

    Enfin le risque de devenir des robots, c’est un peu limité dans un développement idée/matière, comme j’ai essayé de l’expliquer plus haut. Mon pseudo fait d’ailleurs référence à un roman ultra-célèbre de Philip K Dick qui se pose la question de savoir si des robots androïdes pourraient prétendre avoir une conscience et qui a donné le film Blade Runner de Ridley Scott, lui aussi ultra-célèbre (dans les 100 meilleurs films du classement de l’American Film Institute).

    • MMBlondovski

      DADES,

      Merci pour ces commentaires, votre culture SF est sans doute solide, nous pourrions avoir des débats passionnants.

      Je me permettrai donc de revenir sur plusieurs points.

      Sachez que j’utilise Wikipedia tous les jours. On ne peut me taxer d’élitisme culturel. loin de là, c’est simplement que j’essaie d’être vigilant, et j’essaie d’aiguiser mon esprit critique pour deviner si l’auteur est un expert avec une thèse personnelle, ou s’il s’agit du reflet de la doxa, il se peut même qu’un expert parle de la doxa, c’est le cas ici je pense…

      Globalement, en ce qui concerne la définition des concepts abordés, en ce qui concerne le suridéalisme en particulier, je ne peux que vous rejoindre. C’est tout à fait exact,il y a des carences dans l’article, qui doivent rendre la compréhension difficile, mais pour info, sachez que des pages de définition existent, ailleurs, dans des disques durs. Le concept est tout de même plus travaillé qu’il n’y parait.

      En réalité, le mot Idée et le mot Matière sont redéfinis. Il ne s’agit plus des concepts habituels.

      Pour illustrer mon propos, je dirais qu’en ce qui concerne ces deux puissances primordiales, la théorie suridéaliste s’inspire très fortement de la cosmogonie de Teilhard de Chardin, mais sous la forme d’un dualisme et non pas d’un monisme.

      Le mot « Esprit » pour Teilhard de Chardin est remplacé par « Idée » dans la théorie suridéaliste pour insister sur sa dimension constructiviste, et son attachement à l’idéalisme platonicien.

      Utiliser le terme Idée permet également de dépasser la traditionnelle opposition matière/esprit, en permettant aux deux puissances d’être spiritualisées. La matière autant que l’idée peuvent possèder un esprit propre. Spiritualiser la matière, c’est ce qu’a entamé Einstein, et c’est ce que préconise la physique quantique.

      Vous me dites également : « Si la matière a une volonté autonome, alors elle est animée par de la pensée, donc de l’idée; c’est toujours l’idée qui domine… Ou alors il y a une définition particulière à donner de la matière (qui donnerait peut-être du sens à « autonomie de la matière) et de la volonté, mais ce n’est pas fait »

      Il s’agit là évidemment du coeur de la réflexion.

      Si vous aimez la science fiction, vous aurez certainement entendu parler de Vernor Vinge, et des singularistes. La singularité est le concept qui imagine l’existence d’un point critique dans l’histoire de l’homme à partir duquel la technologie deviendra majoritairement autonome.

      La matière et l’idée sont en équilibre dynamique depuis toujours. Le choc des deux puissances crée ce qu’on appelle réalité. Les tables sont le fruit de l’union entre la matière et l’idée. Les armes sont le fruit de cette même union. Un enfant est le fruit de cette même union. Tout ce qui est réel.

      Et Notre corps est le premier lien entre la puissance appelée Idée et la réalité, scène de ce conflit avec la matière. La jonction doit se faire au niveau du cerveau, peut-être au niveau des synapses.

      Aujourd’hui, la matière afflue dans la réalité. elle s’approche de la porte : notre corps sous les formes que j’ai évoqué. Cette matière jouit d’un surcroit de puissance car nous avons insufflé à cette matière inerte une volonté de puissance.

      Voilà pourquoi on parle de « prise de position en faveur de l’Idée ».

      mais attention. il ne s’agit pas de technophobie !! Selon le suridéalisme, il existe des technologies capables d’écarter ce danger. Des technologies salvatrices.

      et je vais peut-être vous surprendre : la robotique en fait partie. Elle est peut-être d’ailleurs notre principal espoir, paradoxalement.

      Mais c’est pourtant logique : le principal danger, c’est que nous devenions des robots nous-mêmes.

  5. Il semblerait que pour beaucoup de petits bourgeois, gavés de disserations, de colles, experts en blabla, maîtres en philosophies – moi aussi, il fût un temps où je croyais qu’opposer la matière et l’idée, c’éta

  6. it révolutionnaire, avant de lire la page wikipédia sur Platon )-, l’élitisme culturel soit la pire des horreurs. SI vous passez vos weeks ends au bar tabac PMU, à proférer des propos des homophobes, en attendant de lyncher l’étranger du coin, vous pourrez vous extasier devant la culture et l’inventivité populaire. Sinon, admettez que l’élitisme culturel, c’est cool, que l’esprit populaire suinte la connerie. La France sent décidément de plus en plus pourriture et du peuple sortira la fascisme . Vive l’amérique, vive l’élite !

    • MMBlondovski

      Cher Angelo,

      je n’ai pas tout à fait compris… et je ne suis pas sur que tout çà ait un sens.

      Le ton est bien trop vindicatif pour ne pas être ironique…

      Mais je vais répondre quand même.

      Je crois que vous accusez l’article de ne pas être révolutionnaire. Soit. La théorie suridéaliste ne prétend pas être révolutionnaire, simplement nouvelle.

      Et Platon est en effet une référence majeure, incontournable même, au même titre que les grands idéalistes qui ont jalonné l’Histoire (comme Berkeley, Leibniz, et surtout Schopenhauer…) Mais ceux-là, bien qu’autrement plus puissants, ne pouvaient illustrer leurs intuitions et leurs démonstrations par ce qui se produit aujourd’hui, et par tout ce qui a été démontré au XXème siècle.

      Vous faites ensuite l’apologie de l’élitisme culturel, et je ne sais pas si vous accusez l’article d’être élitiste ou au contraire d’être une discussion de PMU. Je penche plutôt pour la seconde hypothèse eut égard au terrible cri de guerre qui clôt votre intervention.

      bref, tant pis.

Laisser un commentaire