A la découverte de l’autre: de l’usage des stéréotypes

« Il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie. »

Alphonse de Lamartine

La confrontation à l’autre

Voyager est l’occasion de se confronter à d’autres cultures, à d’autres perceptions du monde, à d’autres façons d’appréhender le vivre ensemble. L’expérience est tout aussi enrichissante que déconcertante, en ce qu’elle conduit inéluctablement à interroger sa propre culture et schémas de pensées, tenus jusque-là pour acquis et inébranlables. La parfaite maîtrise des différences culturelles est le résultat d’un processus comparatiste dont la première étape est celle de la critique ou de la louange ; on observe des différences auxquelles on oppose une réaction régressive. Dans un second temps, on tente maladroitement d’analyser la culture de l’autre à la lumière de la sienne, outil inadéquat. L’étape charnière consiste à pénétrer l’autre culture pour la comprendre de l’intérieur, ce qui suppose à la fois vulnérabilité et courage pour se remettre en question et se laisser dominer par d’autres valeurs. A l’issue de ce conflit de valeurs on acquiert la capacité d’observer sa propre culture de l’extérieur pour enfin mieux comprendre qui l’on est et qui est l’autre et évoluer aisément en milieu interculturel. L’ultime étape est celle où l’on est en mesure de faire évoluer sa propre culture grâce à ce que l’on a appris de l’autre.

A l’origine des stéréotypes : un besoin de simplification

Au cœur de la confrontation interculturelle réside un phénomène universel, commun à toute société, quelle que soit la région du monde dans laquelle on vit : le stéréotype. Généralisation touchant un groupe de personnes, le stéréotype assigne un nombre limité de caractéristiques à ces dernières afin de les catégoriser et les différencier d’autres groupes. Que l’on soit Français, Américain, Italien, ou Japonais, on a tous fait face un jour à des opinions préconçues qui reflètent, bien plus souvent à tort qu’à raison, l’image que les autres nations se font de notre culture. Les Français sont ainsi réputés mal-élevés, les Américains superficiels, les Italiens coureurs de jupons, les Japonais acharnés de travail… Mais quel est le bien-fondé des stéréotypes et autres préjugés ?

Le stéréotype est un processus naturel de l’esprit humain dont l’usage permet d’économiser la réflexion, en ce qu’il se fonde sur des a priori et des poncifs. Le stéréotype relève donc souvent d’une prise de position simpliste et très conventionnelle qui repose sur des « on dit » et non sur des arguments réfléchis. Ce mode de raisonnement permet ainsi de faire face à la fois à la complexité de la réalité et à l’inconnu en fournissant des schémas de pensées simplistes et préconstruits. Si le stéréotype est un discours sur l’autre, il est aussi un reflet de soi en ce qu’il est une construction culturelle porteuse de croyances et de valeurs bien réelles. Ce qu’on dit de l’autre renvoie à ce que l’on est, et les stéréotypes font partie de la construction de sa propre identité, ce qui est l’une des principales causes de leur rigidité. Tandis que le préjugé reste quelque chose de vivant et peut être contesté, le stéréotype, lui, est résistant au changement et peut influencer à long terme la perception et les souvenirs des individus.

De la dangerosité des stéréotypes

Si les stéréotypes ont une certaine forme d’utilité, leur emploi n’est jamais neutre ni bénin. Le plus souvent négatifs, ils peuvent se trouver à l’origine d’actions ou de réactions excessives et néfastes à l’égard de l’autre. Ainsi, le mouvement afro-américain des droits civiques des années 1950 et 1960 a mis en exergue l’ampleur de la souffrance quotidienne des Noirs américains, considérés comme des êtres inférieurs et victimes de décennies de discrimination économique et sociale. La description dans la culture populaire occidentale des années 1920 et 1930 des Asiatiques comme des êtres vicieux et sournois représentants du « péril jaune » possède certainement une large part de responsabilité dans l’arrestation de plus de 100 000 Japonais-Américains dans les camps de concentration américains pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Un second effet négatif des stéréotypes est celui de la prophétie auto-réalisatrice : dès lors que le stéréotype est intégré, la personne qui en fait l’objet va agir conformément à celui-ci. Ainsi, les stéréotypes ne sont pas seulement une description schématique de la culture de tel ou tel groupe, ils sont également une prescription à agir conformément à des rôles sociaux préétablis. Une telle pression et standardisation peut s’avérer hautement néfaste en ce qu’elle limite notre capacité à faire des choix.

Reconnaitre l’utilité mais également la dangerosité des stéréotypes est ainsi essentiel pour envisager un rapport à l’autre sain et constructif. Les stéréotypes ayant la vie dure, l’essentiel est avant tout d’être conscients de ces derniers et de s’efforcer de conserver un regard critique et tolérant à la fois sur soi et sur l’autre.

A la découverte de l’autre: de l’usage des stéréotypes

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2012/04/08/a-la-decouverte-de-lautre-de-lusage-des-stereotypes/ © Bulles de Savoir

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