A nouvelle génération, nouvelles exigences

Jerome CahuzacL’affaire Cahuzac est une nouvelle brèche dans la relation du peuple à ses dirigeants qui appelle un véritable électrochoc de confiance. A l’impuissance du gouvernement à lutter contre la crise économique, s’ajoute aujourd’hui une crise morale. La gauche, si volontiers prompte à se prétendre moralement supérieure, a démontré qu’elle n’avait de leçons à donner à personne. C’est « la classe politique » toute entière qui doit se remettre en cause. Car le populisme – dont la menace ne doit pas être confondue avec la volonté populaire – se nourrit d’abord de l’incapacité des élites à se réformer.

La transparence n’est pas souhaitable en elle-même ou en tout domaine. En matière de diplomatie, chacun le sait, le secret est nécessaire pour servir les intérêts de l’État. Par ailleurs, la totale transparence de la vie privée des hommes publics est l’autre nom d’une dérive exhibitionniste et voyeuriste. On voit quelques-uns prêts à tout au nom de la transparence : ce fanatisme puriste est aussi dangereux que l’opacité et la corruption. Ceux qui en appellent à Robespierre ou Saint-Just et érigent la méfiance en vertu citoyenne oublient bien vite la Terreur et l’ignoble loi des suspects. Il ne faudrait pas troquer Léviathan contre Big Brother et tomber dans le totalitarisme doux d’une société de surveillance généralisée.

Cependant, dans un régime démocratique, l’opacité n’est pas acceptable si elle dissimule l’illégalité ou des intérêts privés interférant avec l’intérêt public. L’évolution de la société a produit une nouvelle exigence de transparence qui périme la politique machiavélienne arc-boutée sur le secret d’État. Grâce à Nicolas Sarkozy, des progrès significatifs ont été réalisés : déclaration de patrimoine, déontologue à l’Assemblée, ouverture de l’Élysée à la Cour des comptes… Il faut aller plus loin. Comme un ministre américain ou un commissaire européen, je pense que les ministres doivent être auditionnés devant une commission publique, composée de parlementaires et d’experts, et dotée de pouvoirs d’investigations.

En choisissant de servir la collectivité, on doit renoncer aux intérêts privés de toutes sortes. On renonce aussi à s’enrichir : la politique est une vocation, pas un métier. Quand un parlementaire a d’autres engagements professionnels, il faut les rendre publics et communiquer les clients et les honoraires. L’activité des lobbies doit également être plus strictement encadrée. La loi doit garantir que les décisions essentielles pour la collectivité ne sont pas prises en huis clos dans l’entrechoquement discret des intérêts privés.

source : Transparency International

source : Transparency International

J’ai pris la décision de rendre public mon patrimoine. 24 des 27 pays de l’Union européenne ont adopté des mesures de transparence concernant le patrimoine de leurs principaux responsables politiques. Cela permet à chacun de constater qu’aucun enrichissement anormal n’a été tiré d’un mandat au service de la nation. C’était un signe de ma détermination à passer des mots aux actes. L’argument selon lequel il faudrait mieux cacher que montrer pour ne pas éveiller ou attiser les soupçons ne me semble pas pertinent. C’est justement ce qui est caché qui crée des fantasmes irrationnels. Le conspirationnisme ne prospère pas sur un excès de transparence, mais souvent sur un excès d’opacité. Le soupçon généralisé se nourrit de l’impression que tout ce qui est important est dissimulé. Demander un surcroît de transparence à la classe politique ne revient pas à lui jeter l’opprobre. Au contraire, cela permettra de la revaloriser. L’époque est à l’ouverture de la boîte noire politique.

Gardons bien à l’esprit que l’immense majorité des élus et hommes politiques sont honnêtes et intègres. L’hystérisation autour de ce sujet n’aide certainement pas à « écouter la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe » (Hegel). Mais il faut cesser de se payer de mots à propos de l’assainissement de la vie publique. Le thème de la « moralisation » est encore trop un serpent de mer qui refait uniquement surface à chaque scandale. Pour réparer une démocratie représentative abîmée par la défiance généralisée, la morale publique doit cesser de se dire, elle doit se faire.

A nouvelle génération, nouvelles exigences

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2013/04/26/a-nouvelle-generation-nouvelles-exigences/ © Bulles de Savoir

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