Développement et devenir de l’homme, un enjeu pour la paix

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En cette période trouble, dans un contexte de crises économique, politique et éthique, l’Homme doit plus que jamais se centrer sur son devenir et sur le sens qu’il veut donner à son « développement » ou plutôt à son évolution. Car seule une évolution sensée sera un gage de paix pour l’ensemble de l’humanité.

Les balbutiements du développement durable conduisent l’humanité…

Le développement durable tel qu’on le présente aujourd’hui semble être le fruit d’une vision particulière du développement. En effet, les approches techniques sont biaisées. L’approche économique reste essentiellement futuriste et axée autour du maintien de la croissance et du bien-être économiques. La « durabilité » du développement se traduit, pour bon nombre d’économistes, par une transmission du potentiel de croissance aux générations futures, sans tenir compte du caractère épuisable de certaines ressources naturelles. Il s’agit ici des tenants de la théorie de la « soutenabilité faible », pour lesquels peu importe la manière dont est transmis le capital naturel, dès lors que le bilan coût-avantage est positif. Or ce calcul économique utilitariste ne peut pas s’appliquer à la nature, au sein de laquelle de nombreuses ressources ne peuvent avoir de substituts artificiels et dont l’utilisation est vitale pour l’homme. Et c’est en gaspillant et détériorant ce qui est vital pour les générations à venir, que nous fomentons dès aujourd’hui les conflits de demain… L’approche juridique est similaire. La définition du développement juridique la plus communément admise est celle du Rapport Brundtland « Notre avenir à tous », qui décrit en substance le concept comme étant le développement capable de répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs… Mais cette définition est étriquée, et le concept lui-même est mal traduit et galvaudé (V. M.J. del Rey, « Développement durable : l’incontournable hérésie», Recueil Dalloz n° 24, 24 juin 2010, p. 1493). La dimension temporelle du développement, à travers la référence aux générations futures et à la notion de durabilité, est ici encore privilégiée par rapport à la dimension spatiale qui, pour sa part, s’exprime mieux au travers des notions d’immédiateté et de durabilité.

De plus, depuis des décennies, nous assistons à l’émergence d’un développement non-viable. En effet, une écrasante majorité d’êtres humains vivent en état d’extrême pauvreté et la pression démographique qu’ils exercent est par ailleurs incontestablement source de dégradation pour l’environnement et sape irrémédiablement le substrat même du développement. Ce qui peut, ici encore, acculer à des relations conflictuelles. Nonobstant, il apparaît également que le style de vie des habitants des pays dits développés exerce une pression non moins considérable sur les ressources naturelles des pays dits pauvres… Citons, à titre d’exemple, le phénomène de déforestation intensive en Amérique du Sud afin de créer des pâturages pour la production de viande à bas prix pour les pays du Nord ; ou encore l’abandon forcé de cultures vivrières pour offrir des terres de productions à moindre coût pour des produits d’exportation, engendrant de ce fait la destruction inutile de terres arables… La crise écologique ainsi induite devient dès lors révélatrice de la non-viabilité du développement tel que certains l’entendent et, qui plus est, elle creuse le clivage Nord/Sud et aggrave les risques conflictuels. C’est pourquoi la notion de développement entendue exclusivement dans son acception de croissance économique doit urgemment être repensée et réorientée. Il convient aujourd’hui de refondre le système en apprenant à vivre avec les ressources réellement disponibles, et en établissant des mesures raisonnables d’exploitation. Le devenir de l’Homme en dépend. Or, aujourd’hui, seul les pays dits riches vivent au-dessus de leurs moyens, en vandalisant les ressources du reste du globe.

Par ailleurs, aucune logique viable de développement ne pourra faire abstraction de l’approche que chaque population adopte de ses relations avec ce qui l’entoure. Autrement dit, il est impératif de prendre en compte la dimension éthique et spirituelle de tout projet de développement. Si pour les sociétés dites civilisées la terre ne possède qu’une valeur marchande, pour les sociétés indigènes celle-ci est la base même de leur culture, la racine de leur organisation familiale et communautaire, la source de leur relation avec le surnaturel. Un abîme sépare nos conceptions du vivant. Et seul un véritable effort de compréhension interculturelle nous permettra de jeter les bases d’un dialogue qui pourra endiguer toute source de conflit. Gageons que grâce à l’écologie, la prise de conscience d’une destinée commune, nous permette de ne plus imposer notre vision purement économique du développement…

… Vers une indispensable réorientation éthique de son évolution

Afin de réorienter cette notion de développement, le retour à la référence éthique semble donc incontournable. Si la relation occidentale de l’homme à la nature se résumait depuis longtemps essentiellement à une activité économique, l’heure de la remise en cause est en train de sonner. La philosophie utilitariste est en train de céder… La notion spatio-temporelle de « Patrimoine commun » reprend peu à peu le dessus. Il s’agit de réorganiser les affaires humaines dans une optique de justice et de solidarité accrues, et par là même dans un esprit pacifique. Il s’agit par ailleurs, de resituer l’économie dans le contexte de l’existence sociale et spirituelle de l’humanité, car la science économique doit demeurer au service du bien-être des populations présentes et à venir et en aucun cas des sociétés humaines ne devraient se soumettre à des modèles économiques destructeurs. Dès lors, le développement ne peut être que soutenable et durable, et tendre à la pacification des relations entre les hommes et la nature, entre les hommes eux-mêmes et avec les générations à venir.

Afin de pacifier durablement les relations entre les hommes, il est indispensable de changer radicalement d’attitude envers notre environnement commun. Tant que certains continueront à surexploiter les ressources naturelles de tous les autres, simplement pour satisfaire à leurs habitudes de vie et plus particulièrement de consommation, les conflits risquent de perdurer. Ce changement d’attitude doit se traduire par l’adoption d’un nouveau style de vie plus sobre et plus éthique. Il convient désormais d’anticiper les conséquences destructrices de nos actes et de nos choix personnels. En effet, l’usage quotidien apparemment pacifique de notre civilisation moderne avec tout son confort superflu et l’extraordinaire abondance de biens souvent inutiles, met subrepticement en péril le devenir même de l’humanité. C’est pourquoi chacun d’entre nous doit s’efforcer d’agir selon ses possibilités, car seule la conjugaison de ces changements de comportement contribuera à réorienter notre devenir commun, et à contrecarrer une finalité purement matérialiste de l’évolution de l’humanité, source de tant de conflits.

La crise économique actuelle, l’effondrement civilisationnel et les conflits armés qui l’accompagnent, témoignent de la faillite d’une certaine conception de la nature humaine. En effet, la société humaine ne devrait-elle pas fixer à son évolution un objectif qui dépasse la simple amélioration des conditions de vie matérielles ? Il convient donc de redéfinir la finalité même du développement autour de principes éthiques, spirituels et culturels en résonance avec l’intériorité de chaque être. Afin d’assurer un devenir pacifique pour l’humanité, il s’agit simplement de replacer l’humain – au sens le plus noble du terme – au centre du dispositif, autrement dit d’ « Humaniser le développement » !

Marie-José DEL REY

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2013/09/25/developpement-et-devenir-de-lhomme-un-enjeu-pour-la-paix/ © Bulles de Savoir

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Commentaires

  1. jjj

    … invitation à penser la notion de ‘progrès’
    EDF s’y attelle avec un immense bon sens dans sa récente campagne publicitaire… « Le progrès, il faut y croire pour le voir » !

    « il est indispensable de changer radicalement d’attitude envers notre environnement commun » … et de déloger le terme d' »environnement » des discours verts actuels pour engager une véritable transition de pensée pour arrêter de poser la nature comme extérieure à l’humain.

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