Pierre-André Taguieff : pourquoi croit-on aux théories du complot ?

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Ouvrage de référence : Pierre-André TAGUIEFF, L’imaginaire du complot mondial. Aspects d’un mythe moderne, Éditions Milles et une nuits, 2007, 213 p.

Pierre-André Taguieff fait partie des rares philosophes français à s’être consacrés au sujet des conspirationnismes. Né en 1946 à Paris, il a étudié la philosophie à l’université Paris X, avant de s’intéresser à la sociologie et la politique. Ses travaux sur Les Protocoles des Sages de Sion l’ont naturellement mené à s’intéresser au thème de la théorie du complot. Il a publié deux ouvrages sur le sujet : La Foire aux illuminés. Esotérisme, Théorie du complot, Extrémisme (2005) et L’imaginaire du complot mondial. Aspects d’un mythe moderne (2007), qui se veut un résumé de sa pensée sur le sujet : pensée dont nous allons ici fournir un résumé succinct.

Qu’entendait-on et qu’entend-on maintenant par « théorie du complot »?

« Un complot peut se définir minimalement comme un récit explicatif permettant à ceux qui y croient de donner un sens à tout ce qui arrive » (p. 17) : tel est le fil rouge de l’analyse de Taguieff. En plus d’y trouver des explications rassurantes à des événements ou des bouleversements (inégalités, guerres, attentats) apparemment sans raison, les conspirationnistes cherchent dans ces théories la satisfaisante « illusion de pénétrer dans les coulisses de l’histoire officielle et visible, pour y apercevoir les véritables acteurs de l’histoire » (p. 55).

La théorie du complot se distingue du complot en tant qu’épiphénomène en ce qu’elle suppose un totalitarisme du complot : « elle peuple le monde d’intentions bonnes et mauvaises, de démons et de dieux » (p. 7). En particulier, « guerres et conflits sont toujours perçus et fantasmés à travers le prisme du complot […] car le soupçon de complot peut se porter sur toutes les formes d’interactions humaines qui, aussi banales soient-elles, font des perdants ou des victimes » (p. 15). Bien plus, cette grille de lecture du monde devient encore plus pertinente au regard des évolutions des sociétés contemporaines. Nous allons le voir, différentes caractéristiques des conspirations les plus en vogue actuellement (« l’idée de l’universalité du complot […], l’importance des processus d’influence […], le recours à des modes de légitimation scientistes » (p. 7)) sont directement imputables aux phénomènes de mondialisation et de sécularisation.

Le lecteur s’attendant à une description en bonne et due forme de toutes les légendes urbaines et sociétés secrètes recensées, des francs maçons au B’nai B’rith (organisation d’entraide internationale juive calquée sur le modèle de la Franc-Maçonnerie, et principale sphère de décision des machinations sionistes aux yeux des complotistes) sera déçu. Si Taguieff ne mentionne pas les rumeurs concernant la mort de Paul McCartney, ni ne s’attarde sur les théories conspirationnistes autour du 11 septembre, c’est pour mieux lire dans les multiples dénonciations du « complot juif » ayant fleuri au cours du XXème siècle – complot judéo-maçonnique, judéo-sionniste, judéo-trotskiste suivant l’air du temps – les grands aspects de la théorie du complot telle qu’il l’analyse.

les fans des Beatles ont énuméré, dans les chansons et couvertures d’album du groupe, des dizaines d’indices laissant penser que Paul McCartney serait mort et aurait été remplacé par un sosie au milieu des années 60. Il est ainsi le seul à marcher pieds nus sur la pochette d’Abbey Road, et à avoir une main au-dessus de sa tête (signe de deuil dans les cultures celtiques) sur celle de Sergent Pepper.

Les fans des Beatles ont énuméré, dans les chansons et couvertures d’album du groupe, des dizaines d’indices laissant penser que Paul McCartney serait mort et aurait été remplacé par un sosie au milieu des années 60. Il est ainsi le seul à marcher pieds nus sur la pochette d’Abbey Road, et à avoir une main au-dessus de sa tête (signe de deuil dans les cultures celtiques) sur celle de Sergent Pepper.

Par quel processus cognitif les théories complotistes se forment-elles ? Taguieff expose le raisonnement suivant : « manière sophistique de répondre à la question “à qui profite le crime ?” : s’il y a profit (première accusation gratuite), c’est -seconde accusation- qu’il y a eu crime » (p. 43). C’est ainsi que le début de l’émancipation des Juifs après 1789 a mené à l’idée selon laquelle la Révolution française était un élément d’un complot judéo-maçonnique. Un peuple, déjà victime d’un antisémitisme issu de représentations populaires antiques et médiévales (l’image du peuple déicide), s’est vu accablé d’une haine systématique, celle qui, d’après l’historien britannique Norman Cohn, « aboutit à des massacres et à la tentative de génocide » (Warrant for genocide. The myth of the Jewish world-conspiracy and the Protocols of the elders of the Zion, 1967), en raison du fait que « rien n’exaspère plus un esprit complotiste que l’impuissance qu’il éprouve à identifier son véritable adversaire » (p. 39).

Pour l’auteur, quatre grands principes viennent sous-tendre la pensée conspirationniste:

  • l’idée que rien n’arrive par hasard, ou par accident ;
  • l’idée que tout ce qui arrive est le résultat d’intentions secrètes destinées à nuire à une minorité. Un sophisme facile, en lien avec la première idée, fait penser que « celui qui tire avantage d’un événement peut être logiquement accusé d’en être l’auteur » (p.58), ce qui facilite fausses dénonciations et haines exacerbées ;
  • l’idée que rien n’est tel qu’il paraît être, ce qui vient finalement pulvériser l’idée d’un doute raisonnable cartésien au profit du doute total pyrrhonien et du relativisme ;
  • l’idée, en conclusion des trois premières, que le devoir du visionnaire est de révéler les liens causaux secrets existant entre des événements sans rapport les uns avec les autres pour le commun des mortels. Ce qui permet ultimement aux tenants des théories du complot de déduire n’importe quoi de n’importe quoi.

Ces biais de pensée, auxquels nous sommes tous immanquablement soumis, forment un cadre cognitif cohérent, dans lequel la théorie du complot semble être une analyse pertinente et juste. A ces facteurs psychologiques s’ajouteront, nous le verrons, des phénomènes culturels et sociaux expliquant l’engouement pour ces théories.

D’un complot à l’autre

Le complot juifPour l’auteur, « les complots appartiennent à deux types distincts : 1° les complots fomentés par des minorités actives, qu’elles soient déviantes, subversives ou révolutionnaires ; 2° les complots dus aux élites dirigeantes […] ; les dominés peuvent comploter autant que les dominants » (p. 34). Jusqu’au début des années 50, les complots du premier type semblaient les plus nombreux et populaires : ainsi, l’auteur rappelle comment les ouvrages d’histoire recommandés par le parti nazi aux écoles et universités du Troisième Reich analysaient la Révolution française comme le résultat d’un complot judéo-maçonnique. Cette théorie du complot correspond au premier type décrit ci-dessus, « le modèle du complot des déviants, de la minorité rebelle, de la société secrète, complot subversif » (p. 79) remplacé après la guerre par « le modèle du complot d’en haut, celui des élites dirigeantes accusées de mondialisme » (ibid).

Exemple intéressant : ces deux types de complot cohabitent au sein du maccarthysme, qui dénonce à la fois les agents infiltrés subversifs et les élites gouvernantes qui les protègent en secret.

Aspects de la culture ésotéro-complotiste actuelle

L’essentielle des théories contemporaines font donc partie des descriptions de complots gouvernementaux, internes aux Etats, aux organismes internationaux, et font appel à des thèmes récurrents de nature ésotérique, comme par exemple les extra-terrestres ou des expériences scientifiques secrètes.

Taguieff prend pour exemple de ce nouvel engouement L’Enigme Sacrée, un livre d’histoire alternative publié en 1982 et présenté par ses auteurs (Michael Baigent, Richard Leigh et Henry Lincoln) comme « la dénonciation d’un grand complot pour préserver un secret dont la révélation serait mortelle pour l’Eglise catholique » (p. 84) : Taguieff y voit plutôt un simple récit, « un ésotérisme de pacotille réduit à la mise en scène de codes secrets et de rituels mystérieux » (ibid) dont les principaux thèmes (la descendance de Jésus, le Prieuré de Sion, le complot des Templiers et autres récits aussi racoleurs que pseudo-scientifiques) furent popularisés par le best-seller de Dan Brown, Da Vinci Code. Un roman que, comme le rappelle Pierre-André Taguieff, « 30% des personnes interrogées en France tiennent […] pour plutôt vrai ou totalement vrai » (p. 85) et dont l’écrivain américain entretient volontiers les fantasmes et confusions du lecteur autour de sociétés soi-disant secrètes et conspirationnistes (l’Opus Dei), voire inventées de toute pièce (le Prieuré de Sion). « Les termes-symboles (tels que Prieuré de Sion ou Illuminati) sont là pour faire démarrer le travail de l’imagination conspirationniste » (p. 103).

Symbole maçonnique présent sur certains billets de banque américains. Les Pères Fondateurs des Etats-Unis étaient nombreux à appartenir à une Loge.

Symbole maçonnique présent sur certains billets de banque américains. Les Pères Fondateurs des États-Unis étaient nombreux à appartenir à une Loge.

« Il faut enfin révéler une dernière caractéristique des romans à énigmes de Dan Brown : ils exploitent les passions ambivalentes du grand public contemporain vis-à-vis de la science » (p. 105). Ainsi, les intrigues de Deception Point et Anges et Démons, deux autres de ses romans, ont respectivement pour thèmes les laboratoires de physique secrets de la NASA et l’antimatière produite dans les accélérateurs de particules du CERN.

Plus généralement, les complots les plus populaires actuellement ont moins pour thème la menace d’une obscure secte judéo-communiste cherchant à renverser les institutions, comme ce fut le cas au début du siècle, que le programme Apollo (voir le livre du complotiste américain Bill Kaysing, Nous ne sommes jamais allés sur la Lune : l’escroquerie américaine à trente milliards de dollars) ou les attentats du 11 septembre. De plus, les sites internet qui leur sont dédiés évoquent plus des notions scientifiques d’ingénierie (pour expliquer pourquoi la chute des tours semblent artificielles et suspectes) que de géopolitiques ou d’histoire, pour expliquer à qui profitent ces attentats (généralement et naïvement imputés au lobby juif, qui les aurait commandités pour soulever l’opinion occidentale contre le monde musulman).

Comment expliquer et comprendre la récente vague ésotéro-complotiste?

L’actuel regain d’intérêt pour les théories conspirationnistes porte donc aussi bien sur le nombre sans cesse croissant de supposés complots dénoncés sur Internet que sur les nouveaux thèmes auxquels ils sont liés, et qui les différencient des théories telles qu’elles existaient au début du siècle : 11 septembre, OVNIs, CIA, complots du gouvernement américain… Taguieff relève six éléments pouvant expliquer cette évolution :

  • la sécularisation, le recul des religions et le relativisme « favorise[nt] la diffusion et la réception des croyances à l’état sauvage, sur fond d’une recherche inquiète de réponses » (p. 194) qui ne sont plus apportées par ces mêmes religions.
  • la même inquiétante perte de repères, le même besoin de sens non satisfait provient de la disparition des « religions séculières » théorisées par le sociologue américain Daniel Bell, caractéristiques du XXème siècle, comme le socialisme ou le communisme. Tout comme les religions décrites précédemment, elles ont emmené dans leur disparition les indication sur le sens du monde et des événements qui rassuraient et contentaient leurs partisans.
  • l’exigence simpliste de transparence des élites gouvernantes, les scandales suscités par les révélations d’affaires de corruption ou d’inégalités, mènent à une « révolte contre la rationalisation et l’uniformisation croissante des sociétés contemporaines, initi[ent] une quête de spiritualité en même temps que la recherche quasi-policière d’une cause explicative » (ibid).
  • Dans des sociétés toujours plus techniques, scientifique, complexes, et où le savoir est valorisé, « le simplisme des explications complotistes constitue une bouée de sauvetage pour les paumés de la mondialisation chaotique » (p. 197).
  • La démocratisation d’Internet a énormément facilité la transmission des rumeurs, mélangeant le vrai du faux dans un flou indiscernable où toutes les informations ont la même valeur.
  • Enfin, « par son hybridation avec l’ésotérisme ou le magisme, le complotisme opère un réenchantement du monde, en repeuplant le devenir de forces magiques et de puissances occultes » (p. 198). Depuis la révolution industrielle, le développement scientifique a permis d’expliquer rationnellement le monde qui nous entoure, lui faisant perdre toute forme de charme mystérieux.

Contre les « gros lieux communs qui mènent le monde » (Tocqueville)

L’ouvrage de Pierre-André Taguieff analyse les rapports entre l’imaginaire du complot et celui politique, et comment la mondialisation peut favoriser l’engouement pour les conspirationnismes ; il explique quelle est l’utilité, la fonction du complot (répondre à une quête de sens). Il n’évoque cependant pas une question posée par d’autres livres dédiés aux pseudo-sciences et à l’esprit critique : faut-il contredire les tenants des théories complotistes et, si oui, comment ?

Taguieff ne néglige cependant pas l’aspect haineux voire meurtrier qu’ont pu avoir les théories du complot au cours des siècles, dans les massacres qu’ils ont pu justifier ou, pour beaucoup d’entres eux, leur dimension antisémite. Il écrit à propos de L’Enigme sacrée que cet ouvrage aura « joué le rôle d’un texte fondateur […] en offrant aux théoriciens et aux visionnaires politiques situés à l’extrême-droite de quoi renouveler leurs visions paranoïaques de la marche de l’Histoire ou du fonctionnement de l’ordre social » (p. 105). D’autre part, l’auteur explique bien que les théories du complot, en tant que moyens artificiels de répondre à une crainte, sont des erreurs d’interprétation historique, politique, voire même des erreurs cognitives. Il dit ainsi à propos du « complot juif mondial » : « ma thèse est qu’on a affaire à un récit de facture mythique qui, doté d’une fonction cognitive (expliquer, justifier) et de différentes fonctions pratiques (mobiliser) est capable de se métamorphoser en s’adaptant à des contextes variables. Fabriqué pour dénoncer le grand complot « judéo-maçonnique », il fonctionne aujourd’hui, plus d’un siècle après sa première publication (1903) comme moyen privilégié de dénoncer le grand complot « américano-sioniste » incarnant le mauvais Occident » (p. 7).

Avoir raison, se protéger

On peut cependant répondre aux conspirationnistes par le procédé rhétorique consistant à dire qu’être conscient de la théorie du complot, c’est poser une hypothèse qui fait elle-même partie du complot. Un prétendu visionnaire dénonçant une machination d’une société secrète contrôlant en secret le monde n’est-il pas lui même une pièce de cette machination ? En utilisant le critère de Karl Popper, qui stipule que le caractère scientifique d’un énoncé est caractérisé par sa réfutabilité, les théories du complot sont du domaine de la pseudo-science. En effet, un conspirationniste refusera tout argument cherchant à réfuter sa pensée, estimant qu’il provient des conspirateurs.

Popper définissait ainsi les théories du complot : « C’est l’opinion selon laquelle l’explication d’un phénomène social consiste en la découverte des hommes ou des groupes qui ont intérêt à ce qu’un phénomène se produise, et qui ont conspiré et planifié pour qu’il se produise » (La société ouverte et ses ennemis, 1945). L’américain Jack Bratich va plus loin en affirmant que le conspirationnisme « ne cherche plus à catégoriser différents acteurs, mais à établir une manière de penser qui pourraient être adoptée par n’importe quel acteurs politique. […] Il s’agit d’une limitation de raison » (Conspiracy panics : political rationality and popular culture, 2008). Il s’agit donc d’un schéma de pensée aisé à utiliser en toutes circonstances, mais dénué de fondements concrets. Pour l’historienne française Ariane Chebel d’Appolloniav, « la théorie du complot, en simplifiant l’espace politique, permet l’économie d’un examen attentif des réalités » (L’extrême-droite en France : de Maurras à Le Pen, 1988).

Parmi les sophismes fréquemment employés par les conspirationnistes, mentionnons également le renversement de la charge de la preuve (« Prouvez-moi que j’ai tort ! »), ou le biais de confirmation d’hypothèse. Finalement, le caractère pseudo-scientifique des théories modernes les rend plus facilement réfutables. Sans chercher à réfuter de manière systématique la croyance selon laquelle les Américains ne sont jamais allés sur la Lune, il est possible de répondre point par point aux conspirationnistes qui étudient les photographies des missions Apollo pour y rechercher une ombre suspecte ou toute autre trace de trucage.

Pour les conspirationnistes, l’absence d’étoiles dans le ciel sur les photographies du programme Apollo n’est pas due au faible temps d’exposition des appareils ou à l’albédo lunaire, mais est bien la preuve que la mission Apollo 11 est une supercherie dont les images ont été tournées par Stanley Kubrick dans les locaux ayant servi au tournage de 2001.

Pour les conspirationnistes, l’absence d’étoiles dans le ciel sur les photographies du programme Apollo n’est pas due au faible temps d’exposition des appareils ou à l’albédo lunaire, mais est bien la preuve que la mission Apollo 11 est une supercherie dont les images ont été tournées par Stanley Kubrick dans les locaux ayant servi au tournage de 2001.

Évoquer les théories du complot, c’est donc entrevoir, comme dans l’étude des rumeurs ou des légendes urbaines, un exemple parmi tant d’autres de la façon dont notre rapport avec le monde peut être biaisé, indirect. Au-delà du cadre cognitif, la culture, la société et ses évolutions nous poussent à chercher des réponses, des moyens de calmer nos angoisses, qui peuvent nous faire prendre pour vrai ce qui est faux. Notre psychologie rend cohérent le fait de croire aux complots ; la société et la mondialisation ne font que nous y encourager toujours plus.

Camille GONTIER

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2014/05/05/limaginaire-du-complot-mondial-aspects-dun-mythe-moderne/ © Bulles de Savoir

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Commentaires

  1. Mohammad

    Même si je n’ai pas toujours compris où s’arrêtait le point de vue de Taguieff et où commençait ton analyse personnelle, je te félicite pour l’article. Et je suis entièrement d’accord avec l’argumentation que l’origine des théories du complot vient de l’incompréhension de ce qui se passe dans le monde pour certains.

    Ce que toi tu simplifies par « Prouvez-moi que j’ai tort ! », veut en fait juste dire « mais comment tu expliques ça alors? » S’il y avait des explications convaincantes (même officielles) pour tout, il y aurait beaucoup moins de gens qui penseraient que l’élite humaine est contrôlée par des extra-terrestres sionistes.

    – Pour le 11 septembre la question qui venait le plus souvent c’était : « comment la CIA n’a pas pu trouver un barbu dans une grotte après autant de temps? et comme par hasard ça fait une bonne excuse pour leur politiques? »

    – Ou quand on regarde le conflit israelo-palestinien: « Comment t’expliques qu’on les laisse faire tout et qu’un pays comme les USA ne critique pas un tout petit pays qu’ils ont armés et payer leur développement eux-mêmes? »

    – « Comment t’expliques qu’en France il y a deux poids deux mesures concernant la liberté d’expression? »

    vrai ou faux, ces questionnements sont issus d’un ressenti réel et authentique. Malheureusement aucune réponse convaincante ne leur est donnée. Et si c’est à eux d’aller imaginer une réponse convaincante, je ne suis pas d’accord qu’ils doivent limiter leur créativité. Après tout, ceux qui n’aiment pas ces théories n’avaient qu’à mieux répondre.

    Et c’est là que pour moi ça devient intéressant, parce que ce qu’on voit est parfois si incompréhensible que la réalité ‘officiel’ serait pire que le complot. Comme tu dis, la « théorie du complot » donne au moins un mobile pour les injustices qu’on voit.

    Se dire qu’un « gros méchant lobby du pétrole empêche les membres du parlement d’augmenter le salaire minimum » par exemple est plus acceptable pour l’ignorant que « les gentils députés qu’on a élus préfère volontairement ne rien faire pour régler les problèmes qui ne les concernent pas ».

    Si Taguieff avait fait un livre expliquant concrètement les raisons qui ont fait que la CRIF en France ou l’AIPAC aux USA (qui sont sensé représenté une minorité) sont devenus des incontournables de la vie politique nationale, il aurait eu un impact plus important sur les conspirationnistes…

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