70 ans de vote des femmes

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En cette année 2014, on fête en France le 70ème anniversaire des droits de vote et d’éligibilité des femmes. Par l’article 17 de l’ordonnance portant sur l’organisation des pouvoirs publics, elles ont en effet accédé à la citoyenneté le 21 avril 1944, soit plus tardivement que dans la plupart des autres pays européens.

Evolution du vote des femmes

Quand elles commencent à voter, ce n’est pas tout à fait sur le même mode que les hommes. Trois temps marquent leur évolution. Le premier, celui de l’apprentissage, va jusqu’à la fin des années 1960. Les Françaises s’abstiennent plus que les Français de participer aux scrutins et elles votent moins qu’eux pour les candidats de gauche. Ainsi, en 1965, lors de l’élection présidentielle qui voit s’affronter le général de Gaulle et François Mitterrand, 39% seulement des électrices soutiennent ce dernier contre 51% des électeurs. Puis, avec les années 1970, une autre étape est franchie. C’est le temps du « décollage » pendant lequel les femmes se rendent aux urnes progressivement autant que les hommes, où l’écart sur le vote de gauche se réduit (passant au-dessous de la barre des 10 points). En 1981, au second tour de l’élection présidentielle, 56% des hommes et 49% des femmes se prononcent en faveur de François Mitterrand. Vient enfin le temps de l’autonomie pour lequel une date-clé peut être retenue : les élections législatives de 1986. Tout en maintenant leur taux de participation, pour la première fois, les électrices se prononcent pour la gauche autant que les électeurs. Ce trait ne se démentira pas tout au long des décennies suivantes. En 1995, les deux populations sont à égalité pour soutenir Lionel Jospin et il en va de même en 2002 (16%). En 2007, 26% des femmes et 25% des hommes votent au premier tour pour Ségolène Royal. Au second tour, elles et ils sont 47%. En 2012, au second tour de la présidentielle, 52% des électrices et 51% des électeurs déposent dans les urnes un bulletin François Hollande.

Une autonomie politique

On peut parler d’autonomie parce qu’à diverses reprises les Françaises ont plus que les Français appuyé les écologistes et les socialistes mais surtout parce qu’elles ont toujours montré une plus grande réticence à voter pour le Front national. On sait qu’au soir du 21 avril 2002 (élection présidentielle) la France a connu une situation inédite : pour la première fois, restaient en lice un candidat de droite et un candidat d’extrême droite. Si les femmes avaient été seules à voter, Jacques Chirac serait arrivé en tête (avec 22% de leurs suffrages) suivi par Lionel Jospin (16%) et Jean-Marie Le Pen (14%). En revanche, si les hommes avaient été seuls admis aux urnes, le leader du Front national aurait été classé premier. En 2012, au premier tour de la présidentielle, 15% des femmes (20% des hommes) optent pour Marine Le Pen. Deux raisons peuvent expliquer cette différence : les électrices seraient dissuadées par la pratique politique parfois violente de l’extrême droite et par son programme qui remet en cause des droits acquis au cours des récentes décennies (menaces frontistes à l’encontre de l’interruption volontaire de grossesse et retour au foyer bienvenu pour les jeunes mères, même si Marine Le Pen se démarque de son père sur ces sujets). Cette autonomie politique des femmes est liée à l’indépendance conquise dans leur vie personnelle, leur situation économique et culturelle. Elles ont pu sortir de l’espace domestique auquel elles étaient assignées pour s’investir à tous les niveaux de la vie sociale, intellectuelle, civique et politique. Depuis les années 1970, elles sont plus nombreuses que les hommes à l’Université. Ce qui accroît d’autant leur intérêt pour la politique. Elles ont investi massivement le monde du travail ; composant aujourd’hui 48% de la population active (contre 35% en 1954). En étant de plus des salariées. Or on sait que l’exercice d’une profession favorise la politisation et l’engagement à gauche. Enfin, elles sont de moins en moins des catholiques pratiquantes, et ainsi moins soumises aux interdits de l’église, notamment sur la contraception et l’avortement. Tous ces facteurs de libération et de politisation, plutôt orientés à gauche, sont suffisamment forts pour contrebalancer l’effet de l’âge (plus on est âgé plus on a tendance à soutenir la droite). Les Françaises sont donc devenues des citoyennes à part entière, pour ce qui concerne le vote tout au moins car, en matière d’éligibilité, nous ne sommes pas encore au même niveau malgré la loi dite sur la parité.

Janine MOSSUZ-LAVAU

Pour citer cet article : http://bullesdesavoir.com/2014/05/26/70-ans-de-vote-des-femmes/ © Bulles de Savoir

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